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Tendance indépendance et action

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Tendance indépendance et action est le nom d'une tendance, minoritaire puis majoritaire, dans le syndicat étudiant français UNEF-ID dans les années 90.

Quelques jours avant sa réunion, le Collectif national (CN) de l'UNEF-ID prévu pour le samedi 9 janvier 1993, a été annulé. Pourtant dans la salle plusieurs dizaines de militants sont quand même venus. À la tribune, Emmanuelle Paradis, secrétaire générale de l'UNEF-ID, dénonce les dérives du syndicat et l’autoritarisme de son président Philippe Campinchi. Dans la salle, beaucoup de militants de région parisienne, mais pas seulement. On trouve notamment David Rousset trésorier de l’UNEF-ID ainsi que plusieurs autres membres du Bureau national (BN), Pouria Amirshahi, Emmanuel Chumiatcher, Sylvie Rémy... Tous ont sous le bras un document relié de rouge, intitulé : Indépendance et action, et sous titré : Pour un syndicalisme de transformation sociale. Ce CN avorté, ce texte rouge c’est l’acte de naissance d’une scission dans la majorité et, la création de la Tendance indépendance et action . Après de longues années à tenter d’influencer la direction du syndicat, l’aile gauche prend son indépendance et lance une dynamique qui la conduira au pouvoir en un peu plus d’un an et deux congrès.

1987 – 1993, influencer en interne[modifier]

La majorité "cambadéliste" est alors en pleine transformation idéologique. C’est-à-dire que ses partisans sortent tout juste d’un parti révolutionnaire, le Parti communiste internationaliste, et glissent doucement vers le réformisme. Dès 1987, ils doivent faire avec une aile gauche, fortement marquée par le mouvement contre le projet Devaquet, d’abord peu organisé mais décidée à peser sur les débat.

Muter, ou jusqu’où accepter l’évolution idéologique ?[modifier]

Le glissement doctrinal de la majorité transparaît en 1991 avec l’adoption de la ligne "Muter". Même si le texte d’orientation éponyme adopté cette année-là est contradictoire. Il doit en effet satisfaire l’aile gauche tout en permettant, sur l’aile droite, de renforcer l’alliance avec la Tendance avenir. Malgré ce grand écart idéologique, Muter marque le début d’une nouvelle période, plus réformiste et cogestionnaire qu’offensive. Pour l’aile gauche de la majorité, l’heure est cruciale. Que faire ? Scissionner ? Non. Ils estiment avoir obtenu quelques garanties, en outre, ils pensent qu’il vaut mieux rester à la majorité du syndicat et peser sur l’orientation que former un groupe minoritaire voué à le rester. La guerre du Golfe sera d'ailleurs pour eux l'occasion de montrer leur poids en poussant un BN divisé à adopter une ligne ni Bush père ni Saddam.

Le mouvement de 1992, une grave divergence d’analyse[modifier]

C’est dans ce contexte qu’éclate en 1992 un mouvement contre le projet de réforme pédagogique de Lionel Jospin. Ce mouvement, largement dominé par des indépendants et l’UNEF-SE, pose un dilemme à l’UNEF-ID. Doit-elle participer à la lutte, sachant que le projet reprend plusieurs de ces revendications ? Pour certains, c’est l’occasion de montrer que la "mutation" entamée en 1991 a porté ses fruits. Il faut agir en organisation responsable, et refuser la grève tout en faisant remonter au ministre les critiques que l’on peut faire sur le texte. Pour la gauche du syndicat, certaines tendances minoritaires et l’aile gauche de la majorité, il est inconcevable de ne pas être avec les étudiants mobilisés, d’autant que le texte contient de vrais dangers. Comprenant que le Bureau national (BN), l’instance dirigeante de l’UNEF-ID, ne sera pas favorable à la grève, l’aile gauche de la majorité se donne comme objectif d’empêcher toute prise de décision. Mais constatant ce blocage, le président Philippe Campinchi décide avec quelques proches de créer une seconde coordination, dite de province, pour faire remonter au ministère sa vision de la réforme, cela aboutit à diviser le mouvement et le discréditer. Le gouvernement, qui a changé entretemps, retire alors le texte dans son ensemble sans tenter de négocier. L’aile gauche de la majorité est déçue. Ils estiment que le président a fait un coup de force et qu’il a discrédité le syndicat en le coupant de «l’avant-garde militante» [1]. Dès lors, l’aile gauche s’interroge sur sa capacité à peser sur l’orientation et donc sur le choix qu’elle a fait en 1991.

Relations de plus en plus tendues avec le président[modifier]

Après le mouvement, les relations entre l’aile gauche et les amis du président se tendent. Plusieurs incidents avaient déjà émaillé l’entente dans la majorité (Guerre du Golfe, etc.). Mais après le mouvement de 1992, les choses se gâtent. Le président Philippe Campinchi tente de plus en plus de contourner l’aile gauche qui de ce fait l’accuse d’autoritarisme. Selon le Texte rouge, «le processus de décision est concentré dans les mains d’un seul individu [le président] ; ni les membres du BN, ni les présidents d’AGE n’ont la moindre influence […] rien n’est moins démocratique que le fonctionnement de l’UNEF-ID» [2]. La situation s’aggrave encore, lorsqu’à la rentrée 1992, le président décide de resserrer le BN autour de lui.

La Rupture[modifier]

Conscients de perdre de leur influence, les membres de l’aile gauche de la majorité commencent à se rapprocher. Ils fondent alors une sorte de fraction clandestine pour préparer leur rupture. Mais avant, ils décident de se lancer dans un gros travail de réflexion. C’est ainsi que naît le texte rouge.

Le texte rouge[modifier]

Le texte « Indépendance et action: pour un syndicalisme de transformation sociale », document couvert de rouge, d’où son surnom, est un véritable texte d’orientation. Il va même au-delà, puisqu’il commence par définir ce qu’est militer à gauche. Car pour les partisans d’Indépendance et action (I & A), militer à l’UNEF-ID, c’est s’inscrire dans un cadre plus général, celui de la gauche, autrement dit celui de la transformation sociale. L’UNEF-ID, et par la même le syndicalisme en général, n'est qu'un levier de cette transformation, mais il y en a d'autres, notamment le mutualisme et la politique.

Il ne faut pas perdre de vue, que la création de la Tendance indépendance et action, s’inscrit dans un contexte particulier, celui d’une crise du syndicalisme étudiant. En effet, après avoir connu une période faste dans la foulé du mouvement contre le projet Devaquet, l’UNEF-ID a rapidement entamé un cycle de déclin progressif. Le nombre d’adhérents se tasse, le militantisme diminue, les résultats électoraux déclinent. Pendant ce temps, les associations étudiantes représentatives, type FAGE sont en pleine progression. Pour la direction du syndicat, la mutation entamée doit permettre de se rapprocher de ces associations, y compris certaines corpos, de leur proposer l'unité d'action dans une confédération où chacun aurait sa place. Le mot même de syndicat semble faire peur à un bon nombre de militant. C’est ainsi par exemple que selon le Texte rouge, «le bandeau de l’an dernier [1991-92] ("votez UNEF-ID, le syndicat étudiant") n’aurait pas été réimprimé. Certains membres du bureau national ont même «théorisé» qu’on ne pouvait pas le réimprimer, car les militants, de toutes façons, découpaient le morceau "le syndicat étudiant"»[3]. Pour les auteurs du texte rouge, au contraire, l’UNEF-ID doit se recentrer sur ses valeurs syndicales pour retrouver la confiance des étudiants. Et, si l’on doit s’unir à quelqu’un, c’est vers l’UNEF-SE qu’il faut se tourner.

Les fondateurs de la Tendance indépendance et action, posent aussi la question de la méthode. Dans ce domaine, ils commencent par dénoncer les procédés en cours. Pour eux, l’UNEF-ID s’est trop éloignée des étudiants. Ils ajoutent que trop souvent, la direction privilégie ses rapports avec le gouvernement et la presse. En outre, lorsque des campagnes sont réellement menées, les I & A dénoncent un manque de coordination nationale. Pour eux, au contraire, l’essentiel de l’activité doit se faire en direction des étudiants et ce, dans un cadre national. Pour cela, ils insistent sur la nécessité de mettre en avant une ou plusieurs « revendications unifiantes » susceptibles de concerner l’ensemble des étudiants de France.

Plus grave que la méthode, les partisans d’I & A dénoncent un manque d’indépendance de l’équipe dirigeante. Trop lié au Parti socialiste, la direction, selon les auteurs du texte rouge, manque d’énergie pour combattre des projets d’un ministre socialiste.

Les auteurs du texte rouge s’attaquent aussi à la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF). Ils l'accusent de dérive commerciale et de ne plus accorder assez de place aux étudiants, le pouvoir étant, selon eux, confisqué par les administrateurs.

Développement de la tendance[modifier]

La création de la Tendance indépendance et action rencontre un certain succès parmi les militants de l’UNEF-ID. Plusieurs AGE (structure de base de l’UNEF-ID) la soutiennent. Parmi les «grosses» AGE (plus de mille adhérents), notamment : Paris VI Jussieu, Paris X Nanterre, Toulouse et Grenoble. Dès lors, le congrès de Clermont-Ferrand prévu en 1993 à s’annonce difficile. De fortes tensions apparaissent entre partisans et adversaires de la majorité. Le Monde affirme même en février que le syndicat est «au bord de l’implosion»[4].

Au fur et à mesure que le congrès approche, deux blocs se forment. D’un côté, la majorité regroupant ceux qui sont restés fidèle au président Philippe Campinchi organisés dans la Tendance pour la confédération de la jeunesse scolarisée et la Tendance avenir, réputée rocardienne. De l’autre, l’opposition menée par la Tendance indépendance et action et rassemblant la Tendance sursaut ou le déclin (TSOD), réputée proche de SOS Racisme, la Tendance pour une gauche syndicale (PGS), réputée proche de la LCR et les héritiers du CERES emmenés par des militants chevènementistes. Un texte d'orientation commun est présenté, il s'appelle symboliquement Indépendance et démocratie. Il permet la création d'une tendance unitaire la Tendance indépendance et démocratie (TID).

Le congrès de Clermont-Ferrand ne permet pas de départager majorité et la TID. Les résultats du vote des adhérents s’avèrent particulièrement serrés. Pour éviter une scission au syndicat, un accord entre les différentes parties est trouvé. L'opposition obtient un peu moins de la moitié des sièges au Bureau national et la parité à la Commission de contrôle (commission chargée de faire respecter le règlement et de superviser les votes). En outre, les I & A conservent les postes qu'ils occupent déjà, notamment la trésorerie, David Rousset, et leur influence sur l'Office national des Maisons de l'étudiant (ONME). Emmanuelle Paradis échange tout de même le secrétariat général contre la vice-présidence du syndicat.

La prise du pouvoir[modifier]

Les adhérents n'ayant pas pu trancher le contentieux entre opposition et majorité, une recomposition interne est nécessaire pour éviter la scission. Les militants de la Tendance avenir, déçus par l'attitude de la majorité au congrès de Clermont-Ferrand, décident d'appeler à une rénovation de l'UNEF-ID. Ils rompent donc avec la direction et créent la Tendance reconstruire. Après quelques hésitations, ils s'allient avec Tendance indépendance et démocratie et ensemble renversent la majorité au congrès de Paris en 1994. Les dirigeants issus d'I & A vont alors occuper des postes clefs dans la nouvelle majorité, c'est ainsi que la présidence revient à Pouria Amirshahi et la trésorerie reste dans les mains de David Rousset, alors qu'Olivier Daronnat (Reconstruire) obtient le secrétariat général.

Bilan et perspectives[modifier]

L'influence du Texte rouge[modifier]

Le renversement de la majorité, n'aurait pu se faire sans le poids que représentait la Tendance indépendance et action. La présidence de Pouria Amirshahi est donc largement marquée par les idées exprimées dans le Texte rouge. L'essentiel de l'activité va être consacrée à deux ou trois "revendications unifiantes". Il s'agit notamment de promouvoir une réforme pédagogique, de faire des campagnes de proximités menées dans toute la France, principalement au moment des examens et des inscriptions, et surtout de défendre l'allocation d'étude (une des idées fortes de l'ex-TSOD), dans le cadre plus large du statut social étudiants. Si ces revendications ne sont pas forcement nouvelles, c'est surtout dans la manière de mener les campagnes que les choses changent. En effet, celles-ci sont centralisées et elles s'appuient sur un matériel national (affiches, tracts...). En outre, l'UNEF-ID va désormais chercher à s'appuyer sur les mouvements étudiants pour établir/renforcer le rapport de force avec le ministère. En la matière, les grandes grèves de 1995 vont être l'occasion pour la nouvelle direction d'appliquer son programme. Le redressement électoral et, les mesures gouvernementales en faveur dans étudiants (Plan social étudiant...) vont être interprétés par la nouvelle majorité comme la preuve de la justesse de leur démarche syndicale.

En ce qui concerne la MNEF, les critiques adressées à la mutuelle vont rapidement disparaître des textes d'orientation (avant même le renversement de la majorité). Il faudra attendre 1998, pour que se dossier redevienne d'actualité avec l'éclatement du scandale politico-financier. Pour ce qui est de ces autres partenaires, l'UNEF-ID va continuer à entretenir des liens étroits avec les associations. Mais cette fois, plus question d'unité avec elles, il s'agit d'agir ensemble sur des projets précis, chacun conservant son identité propre. L'unité attendue est en fait une réunification, celle des deux UNEF, mais elle ne se surviendra qu'en 2001.

Les I & A après le départ de Pouria Amirshahi[modifier]

En 1998, Pouria Amirshahi quitte la présidence de l'UNEF-ID et la cède à Carine Seiler, une ancienne dirigeante de la TSOD, sans que cela n’entraîne de rupture dans l'orientation. Mais l’arrivée d’une nouvelle génération et la fusion de plusieurs anciennes tendances de 1993 dans la "majo majo" (sensibilité majoritaire de la tendance majoritaire) auraient pu entraîner une lente dissolution de l'identité propre aux I & A. Au contraire, même si cela n’est pas clairement exprimé, on constate, jusque dans la majorité actuelle, la survivance de l’esprit du Texte rouge : centralisation des campagnes, mise en avant de quelques "revendications unifiantes" (allocation d'autonomie, héritière de l'allocation d'étude…), prise d'appuis sur les mouvements de grève pour imposer un rapport de force au ministère, indépendance des partis politiques, attachement au mutualisme étudiant et à l'unité syndicale... Politiquement, cela s’observe aussi. C’est ainsi qu'après l'éclatement de la Gauche socialiste, qu’avait rallié les I & A, la majorité est restée proche du courant le plus à gauche du Parti socialiste : Alternative socialiste, refusant de suivre tour à tour, Julien Dray puis Jean-Luc Mélenchon.

Acteurs d'indépendance et action[modifier]

  • Emmanuelle Paradis, militante de Paris X Nanterre, elle participe au mouvement de 1986 avant de rentrer au BN l'année suivante. Elle s'occupe alors des relations avec les AGE (de région parisienne puis de province). En 1992, elle devient secrétaire général du syndicat puis, vice-présidente à l’issue du congrès de Clermont-Ferrand. En 1994, lors du renversement de la majorité, elle préfère céder les postes à responsabilité à la nouvelle génération.
  • David Rousset, en 1993, il est trésorier de l'UNEF-ID, poste qu'il conservera après le renversement de la majorité. Il a également été délégué général de la MNEF.
  • Pouria Amirshahi, membre du bureau national depuis 1992, il s'occupe des relations avec les AGE de province, président de l'UNEF-ID en 1994 puis président de la MNEF en 1998.
  • Emmanuel Chumiatcher, en 1993, il est délégué auprès du BN, il est aussi secrétaire général de SOS Racisme en 1994.
  • Frédéric Bonnot, responsable du Manifeste contre le Front national, Paris VI - VII. En 1993, il n'est qu'un cadre local de l'UNEF-ID, il signe la lettre qui annonce la création de la Tendance indépendance et action, mais pas le Texte rouge. Il ne tarde pas à être promu au BN où il va longtemps occuper le poste de trésorier.

Les autres signataires du Texte rouge sont : Céline Berquer, présidente de l'AGE de Paris X Nanterre, Pierre Bréau, président de l'AGE de Versailles-Saint-Quentin, Ivan Canifru-Malig, Commission administrative, Gérald Esnault, Bureau national, Valérie Estournès, Bureau national, Patrice Garo, Commission de contrôle, Didier Lemée, président de l'AGE de Nantes, Sylvie Rémy, Bureau national, Alain Vergnet, président de l'AGE de Paris VI Jussieu.

Notes et références[modifier]

  1. Lettre aux adhérents de l’UNEF-ID annonçant la création de la Tendance indépendance et action, page 4
  2. Indépendance et action ; «Pour un syndicalisme de transformation sociale», p38
  3. Indépendance et action ; «Pour un syndicalisme de transformation sociale», p36
  4. Aulagnon, Michèle. L'UNEF-ID au bord de l'implosion Nouvelles tendances, changements d'alliances et direction affaiblie, le principal syndicat étudiant cherche à éviter l'éclatement. Le Monde du 4 février 1993, p. 17

Sources[modifier]

  • Indépendance et action ; «Pour un syndicalisme de transformation sociale», Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, Fonds Alexis Corbière, cote : F delta 1082/2
  • Texte rouge et petites manœuvres, La rupture de 1993 vue par un partisan de la majorité.

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