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Désir de travail

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Le désir de travail désigne, sur le plan psychologique, l’agencement des éléments conscients et surtout inconscients qui déterminent, de façon propre à chaque individu, ses choix de métier, ses orientations de carrière et ses comportements professionnels. Il s’agit du concept central d’une théorie psychanalytique du rapport de l’Homme au travail qui a été développée et opérationnalisée depuis le milieu des années 1990 par Gilles Arnaud, professeur de psychosociologie clinique, et Roland Guinchard, coach-analyste, en dialogue avec des chercheurs français et internationaux (Yiannis Gabriel, Larry Hirschhorn, Howard Schwartz, Burkard Sievers, etc.). Dans cette théorie, la motivation, l’envie de travailler ou encore l’engagement dans une mission ou un projet ne constituent que la partie émergée de ce processus souterrain appelé désir de travail.

Problématique : pourquoi travaille-t-on ?[modifier]

La théorie du désir de travail a pour objectif de reprendre à la racine les raisons qui poussent l’être humain à travailler comme il le fait : bien ou mal, trop ou pas assez, en s'épanouissant ou non, parfois au risque la dépression ou la folie... Certes, différentes disciplines des sciences humaines se sont déjà saisies de cette question : nous travaillons pour gagner notre vie et subvenir aux besoins de notre famille, pour avoir un statut social, pour être reconnus, pour nous réaliser, etc. – autant de réponses possibles qui alimentent une recherche multidisciplinaire foisonnante sur le travail, y compris dans le champ psychologique (psychodynamique du travail, clinique de l’activité, etc.) et en psychosociologie (sociologie clinique du travail, etc.).

C’est pourtant à l’occasion de ce questionnement fondamental même que la psychanalyse incite à proposer un changement radical de perspective : et si, comme le remarque Sievers[1], ce qui nous envoie d'abord quotidiennement au travail n’était autre que le désir ? En ce cas, le Désir avec un grand D, en tant qu’il est ce qui manque à l’Homme et l’incite à faire quelque chose de son existence. Ce qui conduit alors à considérer prioritairement le travail comme une création du désir du sujet (définissant ainsi l’aspect intime du travail), et non plus comme le résultat d’une nécessité extérieure revêtant des formes diverses entre l'appel du besoin et le marché de l’emploi qui s'impose socio-économiquement.

Ce changement de perspective, en tant qu'il propose une focalisation de l'attention sur le rapport singulier du sujet à son travail (hormis toute autre considération), ouvre alors lui-même la voie à un renversement de problématique : à savoir se préoccuper, non plus de la place du désir dans le travail (selon une optique devenue traditionnelle, notamment dans les théories de la motivation : mettre ou remettre du désir dans le travail), mais de la place du travail dans le désir humain. Dans le premier cas, le travail est un objet externe, évident, comme donné a priori : nous devons travailler, comment nous en arranger et "faire au mieux" ? Dans le second cas, le travail est un objet interne, psychologiquement parlant : il s’agit de savoir in fine pourquoi nous travaillons (ou encore, comment se retrouve-t-on à travailler ainsi), en interrogeant la place du travail dans la construction psychique du sujet, afin d’identifier la part de liberté intérieure que nous pouvons espérer développer dans notre rapport au travail, au-delà de toutes les déterminations exogènes[2].

La théorie du désir de travail : origine et concepts associés[modifier]

Appliquée au travail, la psychanalyse éclaire la notion de motivation d’un jour différent : le désir de travail y apparaît aussi consubstantiel à l’être humain que le désir d’amour, comme l'ont notamment remarqué Gérard Mendel à travers la notion de "mouvement d'appropriation de l'acte"[3] ou Christophe Dejours à travers celle de "travail vivant"[4]. L'amour est, en effet, du désir qui s’exprime à l'égard d'un autre, le partenaire, et de son manque supposé. Le travail est aussi du désir, mais qui s'exprime à l'égard des autres et de leur attente supposée, et en tout premier lieu, de l’attente des parents et de ce qui est derrière eux, le groupe social. Le désir amoureux s’étaye sur les pulsions libidinales, tandis que le désir de travail prend sa source, parallèlement aux avatars pulsionnels qui mènent à l’amour au sens large, dans une forme de pulsion d’accomplissement qui a pour fonction de rester en lien avec la réalité[5]. Freud avait lui-même été jusqu'à envisager une telle pulsion de travail à l'horizon de sa réflexion sur les pulsions d'autoconservation, d'emprise et de "perfectionnement"[6]. L'amour et le travail visent tous les deux la perpétuation de l'espèce, respectivement sur le plan individuel et en tant que groupe social. Il existera ainsi, sur une voie parallèle à celle du désir libidinal, un circuit pulsionnel du travail, pourvu de fonctions symboliques équivalentes à celles de la castration et de l’Œdipe.

Les mêmes mécanismes décrits par la psychanalyse s'appliquent dès lors au travail, mais de façon spécifique[7]. L’un de ces mécanismes, celui de dette paternelle ou d’image trouée du père, réfère à une complexion spécifique qui permet à la pulsion de se lier à des signifiants paternels particuliers pour élaborer une structure fantasmatique construisant le sujet du travail sur un trajet singulier. Dans l’élaboration et les métamorphoses progressives de cette structure s’origine une part importante de ce qui constitue la nature véritable de la mise en œuvre de notre énergie à travailler. Pour le formuler plus simplement : dans la dette paternelle, l'énergie de travail se dirige ainsi toujours vers quelque chose qu'on imagine inconsciemment que le père n'aurait pas (bien) fait.

D’autres mécanismes s’articulent à celui de dette paternelle, comme ceux de rêve mégalomane, de fantasme du labeur et de haine du désir, qui ressortissent à ce même parallélisme entre le trajet pulsionnel de l’amour et de celui du travail : la jouissance[8], les instances idéales, le masochisme primaire, l’assujettissement à l’ordre du langage[9]. Dans le rêve mégalomane, on ne travaille bien que pour quelque chose qui nous dépasse un peu. Dans le fantasme du labeur, le propre même du désir est d'aller vers quelque chose, à condition de ne pas y arriver complètement ; plus on peut trouver de signes d'insatisfaction ou de douleur, plus on s'autorise à continuer à travailler. Enfin, dans la haine du désir, on travaille pour avoir l'illusion de maîtriser l'environnement humain. Ces mécanismes témoignent d’un écart significatif, constaté cliniquement, entre la vie d’un sujet à son travail et en dehors, à tel point que, parfois, la structure de personnalité d’un individu se trouve accentuée, voire transformée, en passant de la sphère privée à l’univers professionnel.

Applications[modifier]

Le désir de travail a besoin d'un certain nombre de conditions favorables. C'est notamment tout ce qui relève de la dimension symbolique[10] : à savoir, pour la psychanalyse, la dimension de l'échange, de la parole, de la filiation et du nom. Dans l'entreprise, la dimension de la parole est ainsi essentielle pour développer le désir de travail, ainsi que l'étudie Naulleau dans une grande entreprise de travail temporaire[11]. Or, il y a trois ordres discursifs qui s’y opposent : l'évidence (cela va sans dire, donc on ne le dit pas), le secret (il ne faut pas dire) et le semblant (faire semblant, en se contentant de dire comme les autres). Ces trois dimensions se révèlent donc particulièrement néfastes pour le désir de travail. C'est alors bien davantage autour de la parole - et, en premier lieu, celle du manager - que par des méthodes que le désir de travail s'entretient. Par ailleurs, la question de l’articulation des différents désirs de travail de chacun reste posée. Une solution consiste alors à travailler sur un projet : c'est-à-dire, non pas "toi et moi en rivalité pour obtenir un objet"[12], mais "toi et moi et un autre pour construire quelque chose". Toujours est-il que le Désir de travail présente une configuration suffisamment idiosyncratique pour justifier, à côté de la cure analytique adaptée au désir amoureux, de pratiques spécifiques qui le prennent en considération[13]. Cela pourrait être un type d’accompagnement fondamental visant au dégagement de l’énergie du désir de travail des sujets et non à leur adaptation professionnelle comme dans le coaching traditionnel[14].

Bibliographie indicative[modifier]

  • Arnaud, G., Psychanalyse et organisations. Paris : Armand Colin (2004)
  • Arnaud, G., Guinchard, R., "A l'écoute du Désir de travail" in Le travail, un défi pour la GRH (236-252). Lyon : ANACT (2008)
  • Clot, Y., La fonction psychologique du travail. Paris : Presses Universitaires de France (1999)
  • Dejours, C., Travail vivant, 2 tomes. Paris : Payot (2009)
  • Dujarier, M-A., L’idéal au travail. Paris : Presses Universitaires de France (2005)
  • Gabriel, Y. (Ed), Organizations in depth. Londres : Sage (1999)
  • Gaulejac, V. (de), Travail, les raisons de la colère. Paris : Le Seuil (2011)
  • Guinchard, R., Arnaud, G., Psychanalyse du lien au travail. Paris : Elsevier Masson (2011)
  • Hanique, F., Le sens du travail. Toulouse : Erès (2004)
  • Hirschhorn, L., The workplace within. Cambridge : MIT Press (1988)
  • Lhuillier, D., Cliniques du travail. Toulouse : Erès (2006)
  • Mendel, G., L'acte est une aventure. Paris : Éditions de la Découverte (1998)
  • Molinier, P., Les enjeux psychiques du travail. Paris : Payot (2006)
  • Schwartz, H., Society against itself. Londres : Karnac Books (2010)
  • Sievers, B., Work, death and life itself. New York : De Gruyter (1993)
  • Vidaillet, B., Les ravages de l'envie au travail. Paris : Eyrolles (2007)

Notes[modifier]

  1. Sievers, B., "Beyond the surrogate of motivation", Organization Studies, 7/4, pp. 335-351 (1986).
  2. Arnaud, G., Guinchard, R., "Existe-t-il un Désir de travail?", 17e Congrès AGRH. Reims, novembre (2006)
  3. Mendel, G., La société n'est pas une famille. Paris : Editions de la Découverte, pp. 175-221 (1992)
  4. Dejours, C. , Travail vivant, Tome 1 - Sexualité et travail. Paris : Payot (2009).
  5. Freud, S., 1929, Malaise dans la culture. Paris : Presses Universitaires de France, p.23 (2004).
  6. Freud, S., "Au-delà du principe de plaisir", in Essais de psychanalyse. Paris : Payot, pp. 87-88 (1920)
  7. Arnaud, G., Guinchard, R., "Fuir le bien-être de peur que le désir se sauve", Le Journal des Psychologues, 220, pp. 45-48 (2004)
  8. Vanheule, S., Lievrouw, A., Verhaeghe, P., "Burnout and intersubjectivity", Human Relations, 56, pp. 321-339 (2003)
  9. Hoedemaekers, C., Keegan, A., "Performance pinned down", Organization Studies, 31/8, pp. 1021-1044 (2010)
  10. Arnaud, G., "The Organization and the Symbolic", Human Relations, 55/6, pp. 691-720 (2002)
  11. Naulleau, M., La normalisation du deuil dans l’entreprise face à l’ab-sens de la relation d’emploi. Une étude mixte et longitudinale sur les perceptions de brèche et de violation du contrat psychologique des salariés d’une société de Travail Temporaire, Doctorat ès sciences de gestion, Université de Nantes, pp. 136-137 (2010).
  12. Vidaillet, B., "Lacanian theory's contribution to the study of worplace envy", Human Relations, 60, pp. 1669-1700 (2007)
  13. Arnaud, G., Guinchard, R., Brunner, R., Caillard, C., "Du coaching à l'accompagnement fondamental", Psychologues et Psychologies, 189, pp. 21-24 (2006)
  14. Arnaud, G., Guinchard, R., "Accompagnement et clinique du travail", 16e Congrès AGRH. Paris, septembre (2005)

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