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La Marche rouge

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Auteur Marion Sigaut
Pays Drapeau de la France France
Genre Essai historique
Version originale
Langue Français
Date de parution 2008

La Marche rouge (sous-titré Les Enfants perdus de l’Hôpital général) est un ouvrage de Marion Sigaut, paru chez Jacqueline Chambon (groupe Actes Sud) en 2008. Il fait référence à des émeutes parisiennes en 1750, consécutives à des enlèvements d’enfants par la police.

Histoire[modifier]

En , de violentes émeutes éclatèrent à Paris à la suite d’une ordonnance prise par le lieutenant général de police à l’automne 1749 concernant la répression du vagabondage. Des exempts (policiers) déguisés commencèrent à arrêter des enfants qu’ils conduisaient au Châtelet, au For-l'Évêque, à l’hôpital Saint-Louis ou à l’Hôpital général.

Les arrestations de mendiants et vagabonds étaient très impopulaires, et les policiers se heurtaient à la résistance de la population qui, souvent, venait en aide aux gens arrêtés[1]. Mais, quand ils s’en prirent à des enfants jouant dans la rue ou simplement se promenant ou faisant des courses, les parents se soulevèrent et plusieurs émeutes très graves éclatèrent.

Le vendredi , au carrefour de la Croix-Rouge, rive gauche dans le faubourg Saint-Germain, des centaines d’émeutiers assiégèrent une rôtisserie où s’était réfugié un policier. Il y eut deux morts.

Le même jour, porte Saint-Denis, une émeute éclata qui se termina par le siège d’un commissariat et la mort de plusieurs émeutiers et policiers. L’après-midi, la traque d’un soldat soupçonné de vouloir enlever un petit garçon se termina rue de la Calandre, à deux pas du palais de justice, par une émeute sanglante qui opposa plusieurs milliers de manifestants et des escouades du guet réfugiées dans un commissariat assiégé. À la nuit tombée, des émeutiers tentèrent de prendre d’assaut une armurerie sur le pont Saint-Michel. Cette émeute se termina sans trop de dommage.

Le samedi 23 mai, rue Saint-Honoré, des milliers de manifestants poursuivirent et massacrèrent une mouche de la police qu’on avait vu tenter de prendre une petite fille au marché le matin. Après avoir lapidé un commissariat et tenu en échec plusieurs escouades du guet, les manifestants, principalement des ouvriers et artisans, hommes et femmes, tentèrent de clouer le cadavre du policier sur la porte du lieutenant général de police. Celui-ci dut s’échapper de son domicile avec femme et enfant en escaladant le mur de son hôtel avant que les émeutiers n’y pénètrent de force.

Le marquis d’Argenson rapporte dans son journal qu’on raconta au roi qu’il était visé par les émeutes, ce qui ne se vérifia pas. Mais il en fut tellement ulcéré qu’il décida de ce jour de ne plus passer par Paris en se rendant à Saint-Denis, et fit construire une route traversant le village de Saint-Ouen qu’on appela « la Route de la Révolte ».

Saisi de l’instruction et du procès qui suivirent, le Parlement de Paris condamna trois émeutiers à être pendus, et les agents de police à trois livres d’amende.

Marion Sigaut lie l’affaire des enlèvements d’enfants au scandale de l’Hôpital général, où auraient été enfermés de nombreux enfants enlevés, et met en avant le soupçon d’un vaste réseau de trafic d’enfants dont l’Hôpital général aurait été le centre.

De son côté, Leslie Choquette signale des émeutes à Paris non seulement en 1750, mais aussi en 1720 et en 1769, en réponse à l’arrestation par la police de vagabonds et de mendiants destinés à être envoyés aux colonies ; la plupart des détenus sont des hommes, entre 13 et 25 ans, apprentis ou travailleurs sans spécialité. Quant aux émeutiers, ils comprennent des apprentis, des compagnons, des marchands de rue, des cireurs de chaussures, des porteurs d’eau, des livreurs de charbon, des miliciens et des mendiants[2].

Historiographie[modifier]

  • Arlette Farge, Jacques Revel, Logiques de la foule : l’affaire des enlèvements d’enfants, Paris, 1750, Paris, Hachette, 1988.
    Arlette Farge étudia la rumeur circulant au sujet des mœurs du roi, qu’on soupçonnait de crimes contre les enfants.
  • Auguste-Philippe Herlaut, « Les Enlèvements d’enfants à Paris en 1720 et en 1750 », Revue historique, t. 139, 1922.
    Son étude, basée sur des archives du Parlement et du Châtelet, mit en évidence les exactions policières.
  • Jean Nicolas (historien), La Rébellion française, Mouvements populaires et conscience sociale 1661-1789, UH Seuil.
  • Christian Romon, « L’Affaire des enlèvements d’enfants dans les archives du Châtelet » Revue historique, 3/1983.
    Il approfondit l’étude à partir des archives des commissaires et montra l’implication du lieutenant général de police.

Notes et références[modifier]

  1. Jean Nicolas, La Rébellion française, mouvements populaires et conscience sociale (1661-1789), Éditions du Seuil, 2002, collection "Univers historique", 610 pages
  2. Leslie Choquette, De Français à paysans modernité et tradition dans le peuplement du Canada français, Presses Paris Sorbonne, 2001, 323 p., p. 283, note 18 (ISBN 2-89448-196-9).

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