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Racisme et spécisme

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Racisme et spécisme ✒️📰
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Un argument antiraciste ne semble pas transposable à l'antispécisme : la notion de race n'aurait aucun sens, au regard de la science, dans la sphère humaine, supprimant tout fondement au racisme (1).

Mais ce n'est pas un argument déterminant ou suffisant, car c'est demeurer dans le naturalisme : si la science jugeait valide le concept de race, le racisme ne serait pas pour autant fondé car le racisme porte un jugement de valeur qui ne peut valoir scientifiquement (qu'il y ait des différences de races ne légitime pas qu'il y ait inégalité et si la science peut établir des différences, elle ne peut, en tant que telle, justifier une hiérarchie, c'est jugement de valeur qui l'excède -selon le principe de la disjonction vérité-valeur).

Pourquoi la notion de race n'est-elle pas scientifiquement valide dans la sphére humaine ? La définition d'une race est celle-ci : le fait, pour une population donnée, à l'intérieur d'une espèce, de possèder des caractéristiques génétiques qui lui sont propres. C'est le cas de la couleur de la peau. Mais il y a quantité d'autres caractéristiques physiologiques, anatomiques et peut-être même comportementales, susceptibles de différencier des populations.

Or la science ne peut effectuer "scientifiquement" tel choix de caractéristiques plutôt que tel autre . Le choix ne relève pas de lascience n'est plus scientifique puissu'il ne peut pas ne pas engager de valeurs, il ne peut donc pas y avoir de classification raciale scientifique.

La notion de race n'a alors de valeur qu'instrumentale, par exemple agricole : l'agriculteur peut, lui, parce que c'est son métier de produire des végétaux ou des animaux ou des produits animaux possédant telle ou telle caractéristique, en choisir certaines plutôt que d'autres : choisir de cultiver des grosses pommes rouges plutôt que des petites grises ; préférer élever des vaches pour leur lait plutôt que pour leur viande et ainsi de suite. La notion de race a une pertinence agricole car les animaux ou les végétaux sont pour l'agriculteur des produits de consommation ou des outils donc des "moyens"pour ses propres fins.

C'est dire que là où est pertinente la notion de race, l'homme s'autorise à considérer "seulement comme un moyen" pour ses seules fins telles espèces animales ou végétales.

C'est dire qu'il se donne un rapport légitimement amoral à l'espèce exploitée, qu'il ne se sent pas tenu à un rapport moral à l'animalité si on pose comme Kant que le rapport moral consiste en ceci que "je ne dois jamais considérer l'autre seulement comme un moyen mais toujours aussi comme une fin" (Fondements de la métaphysique des moeurs), par quoi s'affirme la dignité humaine et se fonde la relation morale qui exclut, on l'a compris, le racisme. Cette relation est, bien sûr, pour Kant intra-humaine.

Dans l'exploitation agricole, il ne peut être question de dignité animale : le boeuf ne peut partager comme fin avec le boucher d'être découpé en steaks.

Alors comment se pose la question de l'antispécisme ? S'il n'y a pas de race pour la biologie, par contre, la notion d'espèce a du sens pour elle. C'est bien une catégorie biologique.

Nous nous trouvons donc dans le cas où la notion humaine de race serait scientifiquement valide. Nous avons dit que, pour autant, ça n'autorisait pas, ni scientifiquement ni moralement, à en tirer l'affirmation d'une hiérarchie qui autoriserait par exemple une race prétendument supérieure à soumettre, à instrumentaliser, à considérer à nouveau "simplement comme moyen", les individus d'une race jugée inférieure.

Si la différence des espèces, que l'on doit admettre comme réelle, ne justifie pas plus le spécisme que la différence raciale, si elle existait, ne justifie le racisme, peut-on pour autant affirmer la dignité absolue de tous les êtres vivants (c'est-à-dire interdire que toute espèce puisse servir de moyen, seulement de moyen, pour une autre espèce) ? On voit qu'on se heurte tout de suite à un principe qui est un fait, c'est que la vie vit de la vie, que des espèces survivent en consommant (en réduisant donc au rang de moyens) d'autres espèces. Il faudrait interdire au lion de manger la gazelle, à la poule de manger le ver de terre... Bref, il faudrait, au nom du respect absolu de la dignité de chaque individu, de quelqu'espèce que ce soit, éteindre la vie en détruisant les équilibres écologique (qui supposent de la consommation).

Alors ? Il semble qu'il faudrait réduire l'antispécisme au respect de quelques principes :

- l'interdiction déjà de détruire des espèce au point de menacer des équilibres écologiques.

- l'interdiction de toute destruction qui ne peut se justifier par la survie de l'homme. Par exemple la survie de l'homme n'est pas menacée par l'interdiction de la chasse à la baleine, par l'interdiction du massacre des requins pour les vertus aphrodisiaques supposées de leurs ailerons ou des éléphants pour s'emparer de l'ivoire de leurs défenses. Toute destruction d'espèce ou d'individu non essentielle à la survie de l'homme devrait être interdite, ce qui par exemple ne concernerait pas les peuplades du nord de la Sibérie qui vivent de la chasse à la baleine et qui ne menacent sûrement pas l'espèce : ils savent ne prélever que le nécessaire.

Mais ces interdictions classiques et, en droit aujourd'hui bien admises, sont encore loin de celles de l'antispécisme. Il serait donc nécessaire de reconnaître à certaines espèces, dont l'exploitation n'est pas nécessaire à la survie de l'homme, le statut de dignité absolue, en s'interdisant à leur égard tout droit de soumission, tout droit de vie et de mort (par exemple, les grands singes auxquels on accorderait une égale dignité). Il semble que rien n'interdise de poser l'égale dignité des grands singes (ça ne menace pas l'équilibre de la vie) pas plus que de reconnaître celle des éléphants, des baleines, de certains grands fauves etc.

Mais pourquoi cette sélection ? Au nom de quoi, sinon des limites imposées par le principe que la vie vit de la vie ? Et toute sélection ne relève-t-elle pas précisément du spécisme (une espèce, s'autorisant à décider de celles qui sont instrumentables et de celles qui ne le sont pas) ? Peut-on aller plus loin : un antispécisme universel peut-il avoir du sens (la question de la souffrance animale est autre : nul besoin d'être un partisan de l'antispécisme pour la condamner absolument) ? Faut-il se contenter de réduire notre domination ? Faut-il se contenter de poser que notre espèce n'a aucun droit à affirmer sa supériorité et à s'autoriser à considérer toutes les autres seulement comme des moyens pour ses propres fins ? Et que dès lors elle ne peut s'autoriser qu'au nom de sa survie (seulement de sa survie, pas de son confort) à exploiter les autres espèces ?

(1) Le racisme a dès ses origines des prétentions scientifiques et particulièrement sous le nazisme.


Rousseau et la question animale.

Dans la Préface du Discours sur l'inégalité... la question posée est celle du droit. Pour y répondre il faut regarder l'état de nature. Rousseau y voit deux principes : le premier est le principe de conservation de soi et "d'intérêt à notre bien-être"; le second, de pitié ou de commisération. Ce ne sont pas des obligations extérieures mais des impulsions narurelles internes, des instincts. Il faut considérer ces deux principes ensembles, ce qui permet de tracer des limites, donc du droit, et de faire "découler toutes les règles du droit naturel". L'instinct de commisération limite l'instinct de conservation, lui interdit, dans l'état de nature, le passage à une instrumentalisation insensible et sans limites de l'autre, dont l'animalité. La formule de ce droit peut s'exprimer par cette formule : je ne peux porter atteinte à un autre être vivant que si ma conservation est empêchée.

De fait, "tant qu'il ne résistera point à l'impulsion intérieure de la commisération, il ne fera jamais du mal à un autre, ni même à aucun être sensible, excepté dans le cas légitime ou sa conservation se trouvant intéressée, il est oblgé de donner la préférence à lui-même." (Préface du Discours sur l'inégalité, Pl. p. 126)

Mais dans quelle mesure le principe légitime de "conservation de soi" n'est-il pas débordé par celui de "l'intérêt de notre bien-être", moins capable de tracer des limites, en étant dépourvu lui-même ?

La question est alors celle de "la participation des animaux à la loi naturelle". Il ne peuvent bien sûr reconnaître cette loi, reconnaissance qui est affaire d'êtres raisonnables : il faut pouvoir se donner des devoirs pour reconnaître des droits et, selon certains, pour s'en voir reconnaître. Mais s'ils ne partagent pas avec nous la raison, ils partagent avec nous la sensibilité, par quoi ils sont objets de commisération et peuvent donc participer au droit naturel. L'homme est donc assujetti à leur égard à une sorte de devoir car on est obligé de ne faire aucun mal à notre semblable, non parce qu'il est un être raisonnable mais parce qu'il est un être sensible. De fait, pour Rousseau, éprouver de la commisération pour un être, c'est en faire, par le fait même, un semblable.

Partageant la sensibilité avec nous, les animaux ont, à tout le moins, "le droit de n'être point maltraités inutilement [par l'homme]."


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