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Petits morceaux de philosophie

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Petits morceaux de philosophie ✒️📰
Thème

le critère subjectif de la vérité est-il de se sentir comblé, conforté, contenté, satisfait ou, au contraire, dérangé, déstabilisé, désorienté ? La première possibilité est suspecte de n'être rien d'autre que la satisfaction de notre besoin de certitude.

Les heureuses rencontres dans la poésie du son et du sens sont des petits miracles.

Contre la poésie des connivences : la nature est belle par son indifférence. Pas de coquetterie, indifférence vraie : "la rose est sans pourquoi. Elle fleurit parce qu'elle fleurit sans aucun souci d'être vue" (Angélus Silésius)

Jules Renard nous dit que l'obscurité en poésie procède en quelque sorte d'un malentendu entre le lecteur et le poète : le premier espère et attend du sens alors que le second n'est préoccupé que de forme : "on reproche aux décadents leur obscurité. C'est une mauvaise critique. Qu'y a-t-il à comprendre dans un vers ? Absolument rien. Des vers ne sont pas une version latine. J'aime beaucoup Lamartine, mais la musique de son vers me suffit. On ne gagne pas beaucoup à regarder sous les mots. On y trouverait vraiment peu de choses. Mais c'est trop exiger de vouloir qu'une musique ait un sens, beaucoup de sens. Lamartine et les décadents se rencontrent sur ce point. Ils ne considèrent que la forme." (Journal, 25 janvier 1889). Ainsi aussi de la peinture : "là où le peintre n'a peut-être cherché qu'un effet de lumière et de lignes, nous voyons des choses, de l'au-delà." (Journal, 22 avril 1891). Je partage cette conception de la musique comme dépourvue de sens (voir ici l'article : la musique, la vérité et le réel), en ce sens qu'elle ne renvoie à rien d'autre qu'à elle-même, à aucune "réalité" car elle produit elle-même sa propre réalité, absolument nouvelle et sienne. Ce qui nous dit aussi qu'il faut travailler, dans nombre de domaines, à se libérer du besoin de sens, c'est-à dire du besoin de renvoyer ce qui est donné à autre chose, à un au-delà, à un double (voir l'article idiotie et identité), ce besoin de trouver du sens partout. Certains domaines en sont indemnes et c'est heureux. Mais il est plus difficile de consentir à rabattre la poésie sur la seule musique, à cette réduction. La poésie n'est pas que musique sinon le poète se ferait musicien. La poésie est fusion du son et du sens. Une fusion qui se manifeste, précisément, par l'intensité de la clarté, par l'évidence de la relation du son et du sens.

Le style. Le tout est dans les parties : quand la totalité d'une personne se retrouve dans chacun de ses gestes : sa façon de parler, de manger, de s'habiller, de marcher etc., dont les connivences se reconnaissent, c'est le style. C'est le choix d'une manière d'être au monde. De Baudelaire, Sartre dit, à peu près : je suis sûr que Baudelaire préférait les viandes en sauce aux viandes grillées. C'est dire qu'on peut déduire les goûts de Baudelaire pour la préparation des viandes de son style, de la connivence de ses goûts avec sa haine de la nature, du brut, avec son dandysme... Son style, c'est-à-dire en langage sartrien, sa "liberté en situation"

Le bonheur se prétend éternel et pourtant il ne se donne que par quelques frissons. Il n'y a que des moments de bonheur, ce sont des moments d'éternité.

Si Héraclite, au lieu de méditer au bord d'un fleuve avait médité au bord d'un étang...

Le désir est l'abstraction du plaisir de la satisfaction du besoin.

Si le désir est illimité c'est que son objet n'en est pas la véritable motivation, mais l'autre qui le désire aussi. Comment le mimétisme pourrait-il être limité ? Imiter l'autre est sans fin car l'autre demeure toujours autre.

En droit les œuvres apparaissent et disparaissent. Le verdict de l'histoire, auquel on confie le critère de la valeur, est lui même historique. Seulement, des disparitions ont tout risque d'être définitives car comment ressusciter ce dont on a perdu jusqu'au souvenir de l'existence ?

On ne peut faire entrer dans une poésie un décodeur TNT parce qu'il s'épuise tout entier dans son ustensilité et la poésie des choses, ce sont des ontologies singulières, la singularité de leur être (mot qu'il faut comprendre dans un sens actif et non comme un verbe d'état). Bosco fait la poésie de la lampe à pétrole (cette huile pétrifiée dans les antres de la terre) qui, chose le jour, rejoint son ontologie la nuit venue. Il ne peut encore rien faire pour l'ampoule électrique, ce petit flacon de lumière, toute dite par ses watts, volts et ampères. Sauf, peut-être, quand "elle n' éclaire qu'elle-même" (Nicolas Bouvier, L'usage du monde). Peut-être faut-il attendre pour que même ces objets techniques deviennent poétisables. Le train à vapeur ne l'a pas été non plus immédiatement, mais il est tout de même très rapidement entré en peinture. Peut-être du fait de sa capacité à fabriquer des nuages.

Revendiquer le bon sens, c'est moins se préoccuper de la vérité que s'assurer d'être "couvert".

Si on doit postuler l'existence de Dieu pour Cioran c'est parce qu'il faut bien un auteur à ce désastre qu'est le monde. Le hasard seul en serait incapable.

Optimisme et pessimisme -1- Le pessimisme dans lequel est tenu ce monde me rend optimiste car il n'y aurait rien de plus inquiétant que d'être, à l'égard de ce monde, plein d'optimisme.

Optimisme et pessimisme -2- On fait de Leibniz, soutenant que ce monde "est le meilleur des mondes possibles", le type même du philosophe optimiste. Or voici comment Rosset définit, au contraire (ou semblablement ?), le philosophe pessimiste : c'est celui qui "pourra déclarer le monde sombre in aeterno, non susceptible de modification ou d'amélioration" (Logique du pire, p. 16) (1). C'est dire que Leibniz, parce que son monde étant le meilleur "possible" donc incapable de quelque amélioration que ce soit, répond parfaitement à la définition que donne Rosset du philosophe pessimiste. Le meilleur des mondes possibles est un monde sans espoir. Optimisme désespérant de Leibniz. Si ce monde-ci est le meilleur des mondes possibles, aucun autre monde possible, donc pensable, ne peut être meilleur : toute utopie est fondamentalement illusoire, tout monde meilleur est nécessairement impossible. "Optimisme tragique" de Leibniz dans le vocabulaire de Rosset. Aucun monde meilleur ne peut être possible et aucun monde possible ne peut être meilleur.

(1) Le conservatisme, autre mentalité anti-utopique, dirait que toute tentative d'améliorer le monde tourne inévitablement à la catastrophe (Montaigne, parlant des sociétés : vouloir "les corriger et les régler d'une nouvelle façon, nous ne pouvons guère les tordre pour leur enlever leur pli habituel sans que nous brisions tout", Essais,III, IX). On peut aussi évoquer Cioran et son démiurge pervers auteur d'un monde inextricablement mal agencé, et ceci constitutivement, c'est-à-dire pensé de telle manière qu'il soit sans espoir de mieux.

Toute utopie est un congé à l'utopie puisqu'il s'agit de proposer une société parfaite qui, donc, sonne la fin de l'histoire, sans plus aucune amélioration possible, sans plus aucun rêve utopique possible.

L'utopie suppose une ontologie du possible. Uchronie : les possibles ne se sont pas réalisés. Utopie : les possibles ne se réaliseront pas.

Utopie et humanisme. L'utopie est humaniste. L'humaniste croit que l'homme est et peut être, ou est condamné à être, auteur de lui-même ( cf. Pic de le Mirandole). Au contraire, par exemple, le Gestell chez Heidegger, qui explique son antihumanisme : l'homme est dépassé par ce qu'il crée lui-même : "l'homme est entraîné dans un déchaînement de progrès qui découlent d'eux-mêmes et qu'il ne commande ni ne maîtrise" (Marcel Conche). Par ses créations, il perd son autorité (=capacité d'être auteur) sur lui-même. Autrement dit, rien de plus catastrophique que d'avoir confié l'homme, et peut-être le monde, à l'homme, d'avoir mis l'homme entre les mains de l'homme.

Utopie et totalitarisme. Les Utopies (au sens ici de ces constructions intellectuelles de Platon, Thomas More, Campanella, Fourier...) donnent en général une grande quantité de détails. Il y a par exemple chez Fourier une véritable passion du concret (1) comme s'il voyait la société idéale elle-même et se contentait de la décrire. Est-ce pour donner un effet de réel ? Est-ce pour montrer que tout tient ensemble, que tous les éléments sont en cohérence ? Donner un effet de cohérence donc de possibilité. Pour dire : "tout est là, le kit de la société idéale est complet, ne reste qu'à la monter. Tout a été pensé". Les utopies constituent des lieux totaux, autosuffisants, des résidences (le suffixe "-stère" qu'on trouve dans monastère, phalanstère, familistère... signifie une résidence autarcique) closes, des totalités qui peuvent se fermer sur elles-mêmes parce que c'est complet. Mais c'est ce souci d'avoir pensé à tout qui est inquiétant dans les utopies, ce souci de totalité qui laisse présager à juste titre son caractère totalitaire : rien de ce qui concerne la vie des hommes ne doit être laissé à soi-même (2). Mais aussi : plus rien à penser, plus rien à désirer, à vouloir, disparition de ce jeu d'autres possibles qu'on peut appeler liberté. Fin de l'histoire. Plus rien d'ouvert. Fermeture et totalité. Donc contrainte absolue. D'où l'impératif d' un Berdiaeff de résistance à leur égard (utopie ne signifie pas pour lui ce qui est irréalisable (3), mais ce qui menace de se réaliser, ce qui se réalise sous nos yeux, il écrit cela dans les années trente du XXième siècle) et de méfiance devant l'idéal de perfection. Rêvons à des sociétés moins parfaites mais plus libres, dit-il, songeant aux utopies totalitaristes effrayantes qu'il voyait se réaliser. Les utopies, condamnées au totalitarisme, se transforment inévitablement, en se réalisant, en dystopies. (4)

(1) Rappelons que la notion de concret a à voir avec la notion de totalité, abstrait signifiant "extrait" et extrait d'une totalité sans laquelle l'élément abstrait - il ne peut être abstrait, extrait, que mentalement- ne peut subsister : la couleur est abstraite en ce sens que la couleur n'existe pas à l'état séparé, que c'est toujours une chose (petite totalité minimale) qui porte une couleur, même s'il s'agit de la pâte qui sort du tube du peintre.

(2) Partialité et totalité. Il faut distinguer l'utopie et la science-fiction. Dire, par exemple que l'avion, le voyage sur la lune, internet... étaient des "utopies" avant de se réaliser, c'est confondre utopie, mot qu'on doit réserver aux conceptions-imaginations de sociétés idéales, et science-fiction ou anticipation. Jules Verne écrit de la science fiction ou de l'anticipation, pas des utopies. Ne pas confondre Thomas More ou Fourier avec Jules Verne ou Philippe K. Dick qui lui, il est vrai, montre que des utopies peuvent se construire sous l'emprise de possibles générés par des sciences et des techniques encore fictives qui provoquent dans les sociétés des bouleversement totaux.

(3) Question : l'attribut "irréalisable" est-il un attribut essentiel du concept "utopie" ? On peut le penser d'après l'étymologie du terme créé par Thomas More : u-topie, "ce qui n'est d'aucun lieu", manière de dire "ce qui ne peut exister". Il est vrai que Thomas More n'imagine pas une société dont il croirait la réalisation possible, mais un texte qui critique de manière détournée la société de son temps. Pour Berdiaeff, par contre, "les utopies sont réalisables", leur réalisation n'est pas impossible, au contraire, on risque de ne pas pouvoir y échapper, elle est inquiétante ou même effrayante. On peut répondre à cette question en rapprochant les concepts d'utopie et d'illusion. Pour Freud, l'illusion est une croyance motivée par un désir. La croyance en Dieu, par exemple, a pour motivation le désir que j'ai de son existence, condition de ma vie éternelle. La jeune fille qui croit au prince charmant est dans l'illusion si elle ne peut fonder sa croyance ailleurs que dans le désir qu'elle a de le voir apparaître. Mais il est possible que Dieu existe comme il est possible que la bergère rencontre le prince charmant. Et, pour autant, bien que la chose soit réalisable, elle ne cesse d'être une illusion, c'est-à-dire une croyance motivée par un désir. Le concept d'illusion n'est pas à confronter au registre logique (= du vrai et du faux) : une illusion n'est ni vraie ni fausse, elle est : ainsi des illusions d'optique qui sont "nécessaires" : je ne peux pas ne pas les éprouver quel que soit le savoir que j'ai de leur caractère illusoire. Le concept d'illusion est en rapport avec celui de réalité à laquelle elle substitue le désir. Ainsi, qu'une utopie se réalise, ne fait pas qu'elle cesse d'être une utopie, c'est-à-dire une conception a priori d'une société idéale, une Idée, complète, abstraite de la société donnée, intentionnellement, c'est-à-dire de manière volontariste (la pensée utopique est une pensée volontariste) réalisable.

(4) la dystopie se distinguerait de la contre-utopie. Cette dernière serait une utopie basée sur des principes mauvais alors que la dystopie c'est ce paradoxe d'une idée aux principes bons et généreux (liberté, égalité, bonheur...) dont la réalisation, se révèle, catastrophiquement, inverse des intentions initiales.

Équilibre et harmonie. Des contraires : l'équilibre ce sont deux lourdeurs qui s'annulent, l'harmonie deux légèretés qui s'animent.

L'union ce sont des unicités qui tentent de faire unité.

Évidence sous dépression : la couleur du monde est dans le regard.

Il n'y a de sagesse que s'il y a une joie intrinsèque à la lucidité. et ce malgré la possibilité qu'a la vérité d'être triste : quelle qu'elle soit, la possibilité de l'approcher est une joie.

La vie est une boucle autonome insensée. Les membres quêtent la nourriture pour remplir l'estomac qui redistribue cette nourriture pour donner l'énergie nécessaire aux membres, et aux organes qui en assurent le fonctionnement, afin qu'ils puissent quérir la nourriture pour remplir l'estomac et ainsi de suite ( voir La Fontaine, Fables, les membres et l'estomac). L'existence, au contraire de la vie, est alors extraction de cette boucle, visée de sens. Alors difficulté d'être spinoziste : "le désir est l'essence de l'homme" (Éthique III, définition I). Mais le désir n'est autre chose que "l'effort par lequel chaque chose s'efforce de persévérer dans son être" ( Éthique III, Prop. VII), c'est-à-dire vie. On aimerait dire que l'essence de l'homme, qui est d'être autre chose qu'un organisme bouclé sur lui-même, est plutôt existence et ce jusqu'à la possibilité ultime de mépriser la boucle, de refuser de se satisfaire de seulement "persévérer dans son être".

Économie de l'esprit de collection. "Tout ce qui est rare est cher". On sait que cette formule est fausse car le prix des choses est déterminé par un rapport : celui de l'offre et de la demande, or cette formule ne retient que l'un des termes du rapport (ne pense donc pas de rapport) : l'offre. Mais, pour le collectionneur, la rareté est, en elle même, une valeur. Si bien que dans la formule vraie, les deux termes du rapport ne sont plus indépendants : la demande est fonction de l'offre, elle est d'autant plus forte que l'offre est faible. La rareté fait alors le prix.

Il y a des tensions qu'il faut se garder de réduire.


Savoir et connaissance. La connaissance est un genre dont le savoir n'est qu'une espèce. dans Le gai savoir, § 10, Nietzsche dit que la vérité ne s'est manifestée que de façon très tardive, et comme "la forme la moins vigoureuse de la connaissance". On peut ici tout à fait remplacer "la vérité" par "le savoir" en ce sens que le savoir est cette espèce de la connaissance qui est orientée exclusivement à la vérité (le savoir est intention de vérité) et s'oppose à cette espèce de connaissance qui est, selon Nietzsche, une erreur mais une erreur utile et même vitale, qu'est "la perception sensible". La connaissance, plus largement, est cet ensemble de représentations, d'interprétations du réel, spontanées (dans le développement de l'individu comme de l'humanité), et déterminées par les exigences de l'adaptation à la vie : la connaissance a d'abord une fonction biologique (cf. Piaget). C'est ce même concept que Spinoza appelle imagination, premier degré de la connaissance, en ce qu'elle est orientée à l'utilité vitale : l'imagination, ou la connaissance du premier degré, nous enseigne en quoi nous sommes affectés par les choses et nullement ce qu'il en est des choses elles-mêmes : "une imagination est une idée qui indique plutôt l'état présent du corps humain que la nature d'un corps extérieur" (Éthique,IV, Prop. I, scolie) (il donne cet exemple : l'amertume du vin que je ressens traduit plus mon état de santé que la qualité du vin) et s'oppose à ce type de connaissance qu'est le savoir qui, lui, n'est pas spontané mais volontaire, intentionnel (pourquoi il se manifeste de façon tardive et peut-être gratuite selon Nietzsche) : la recherche de ce que sont les choses en elles-mêmes. Penser c'est alors s'engager dans cette lutte contre les erreurs utiles et cette aspiration à la vérité qu'est cette espèce de connaissance qu'on appelle savoir, en droit indifférent à l'utilité ou, en tout cas, qui réclame à son origine de se détourner de sa préoccupation.. Pour Nietzsche, le savoir, ainsi défini par opposition à la connaissance, a fini par s'imposer comme besoin et même "un morceau de vie". Et alors " le penseur c'est à présent l'homme chez qui la pulsion de vérité et ces erreurs qui conservent la vie combattent leur premier combat, après que la pulsion de vérité a démontré qu'elle était, elle aussi, une puissance conservatrice de la vie" (on reconnaît le "darwinisme" et le vitalisme de Nietzsche : le savoir ne s'impose que parce qu'il sert, lui aussi, la vie, mais par ce détour qu'est la vérité).

Comment croire à ce qu'on sait ? Le savoir est en état de faiblesse relativement à la croyance. Le savoir ne mobilise que l'intellect. La croyance mobilise le corps, le cœur , l'âme, l'affectivité, bref la totalité de l'être. Il faut donc essayer de croire en ce qu'on sait, c'est à dire effectuer ce travail, à l'égard du savoir, d'intégration, d'assimilation à notre existence. Travail qu'on peut appeler méditation.

Croire, savoir et foi. Celui qui croit, croit qu'il sait. Celui qui sait, sait qu'il croit. Ainsi la foi est du côté du savoir : quand on a la foi, on sait qu'on croit et on le veut. La foi est lucide et volontaire.

Les religions ont droit à l'illusion comme les avocats ont droit au mensonge. Pour le bien de leurs clients.



La torture ne révèle pas la vérité mais la capacité à la supporter. Et c'est l'innocent qui a la plus à craindre de la torture car il doit la subir jusqu'au bout, le bourreau travaillant jusqu'aux aveux de culpabilité. Les aveux sous la torture ont même valeur de vérité que les conversions sur le lit de mort.


Le tragique. "Alliance du nécessaire et de l'impossible" dit Jankélévitch. Exemple : l'homme sait qu'il ne peut pas ne pas mourir. Il a un savoir nécessaire de la nécessité de la mort, ou pour mieux dire : il ne peut pas ne pas savoir qu'il ne peut pas ne pas mourir. Et pourtant il lui est impossible de supporter l'idée de la mort. Son savoir outrepasse ses capacités de l'entendre. C'est le sens pour Clément Rosset (cf. Le principe de cruauté) de la malédiction biblique du savoir (1) : l'homme confronté par le savoir à des vérités qu'il est incapable d'affronter. Impossible de supporter le nécessaire, ce qu'il sait nécessairement.

Autre exemple, peut-être : la satisfaction des désirs est impossible et cela nécessairement et nous sommes sans possibilité de cesser de désirer. Le désir est nécessaire et impossible; C'est ce qui définit la peine du premier cercle des enfers chez Dante : "Que sans espoir nous vivons de désir". C'est la peine des limbes : des désirs qu'on éprouve nécessairement (que nous ne pouvons pas ne pas éprouver) et qu'il nous est impossible de jamais satisfaire, et les habitants de Limbes savent cette impossibilité.. C'est un état et éternel, l'enfer consiste à faire don de l'éternité pour souffrir sans fin et sans espoir. Le tragique est ici une tristesse discrète : "il n'était pas de cris mais rien que des soupirs". Alors on comprend que la joie est désespoir (cf. Conte-Sponville, Cl. Rosset) : cesser d'espérer (= désespérer) la satisfaction de nos désirs, aimer le réel donné.

(1) Chez Montaigne :"Le soin de s'augmenter en sagesse et en science fut la première ruine du genre humain ; c'est la voie par où il s'est précipité à la damnation éternelle" (Essais, Apologie de Raymond Sebon, Pl. 526).

Sérendipité : " le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l'ont pas cherchée" (Alain).

On pressent au moins deux sortes de néant : le néant pré-natal et le néant post-mortem. donc des riens qui ne sont pas riens puisqu'ils ont des textures différentes.

Singulier, particulier et universel. La particularité (tout ce qui de mes appartenances me constitue, voir dans l'article conversation, discussion, débat, dialogue, la notion d'opinion) nous éloigne autant de la singularité que de l'universalité et certainement nous en interdit l'accès. Les connivences de la singularité et de l'universalité, du singulier et de l'universel se manifestent autant dans la rationalité scientifique ou philosophique que dans l'éthique (voir dans ces articles : morale et éthique) que dans les œuvres de l'imaginaire ; l’œuvre, par définition, c'est du singulier qui atteint l'universel en s'étant émancipé du particulier, ce qui, absolument singulier (Picasso n'est pas Rembrandt ni Modigliani ni qui que ce soit d'autre) vaut universellement (sans Kafka rien de Kafkaïen et pourtant rien de plus universel que des situations kafkaïennes). C'est encore ce qui définit le génie : le singulier (et même l'unique) qui exprime l'universel en se marginalisant (en se déprenant de ses particularités). Celui qui fait le choix de l'universel, de la raison, dit à peu près Marcel Conche (Devenir grec), devra devenir singulier car il devra briser avec les jugements tout faits, les valeurs établies d'une société close, c'est-à-dire les particularités de ses appartenances.

Qui donne ? Qui reçoit ? " (...) je n'ai pas assez à me louer de vous pour accepter vos dons ; je vous laisse obliger à moi malgré vous;" (Rousseau, Émile, L. III, GF 224).

Connaître et comprendre. Un énoncé ne peut porter sur Dieu que s'il maintient son incompréhensibilité. Cf. Descartes, Les Méditations, Réponses aux objections de Gassendi contre la troisième méditation, (Pléiade 1953, p.491) où se lit la différence entre connaître et comprendre : connaître Dieu, c'est le connaître comme infini, donc incompréhensible : "car pour avoir une idée vraie de l'infini il ne doit en aucune façon être compris, d'autant que l'incompréhensibilité même est contenue dans la raison formelle de l'infini". Quand la différence n'est pas entre comprendre et comprendre ! "ce qui est incompréhensible c'est que le monde soit compréhensible" (Albert Einstein). Et, en général, on aimerait beaucoup comprendre pourquoi on ne comprend pas, ça nous aiderait à comprendre.

"Je suis celui qui suis". -1 "Je suis celui qui suis" : je me définis par mon existence. Mon essence est d'exister. Je suis nécessairement, je ne peux pas ne pas être. Tout argument ontologique est une tentative rationnelle pour démontrer cette affirmation - 2 "Je suis le seul qui soit" : je suis l'être véritable : c'est seulement de Dieu qu'on peut dire qu'il est. Seul à pouvoir revendiquer l’Être véritable (" Mais qu'est-ce qui est véritablement ? Ce qui est éternel, c'est-à-dire qui n'a jamais eu de naissance, ni n'aura jamais de fin ; à qui le temps n'apporte jamais aucune mutation" et d’affirmer alors que l'homme qui n'apparaît que le temps d'un éclair ne mérite pas le nom d'être, Montaigne, Essais, Apologie de Raymond Sebon) -3 "Je suis le seul qui soit". Il n'y a pas d'autre Dieu, je suis le seul Dieu qui soit (Isaïe, 41, 24 ; Deutéronome, 5, 7).

Orthographe, faute et erreur. L'horreur de la culpabilisation oblige, ici ou là, à substituer à la notion de faute d'orthographe, celle d'erreur. Mais l'écriture non correcte d'un mot en orthographe ne peut être une erreur objective (peut-être une erreur subjective, c'est-à-dire due à l'ignorance ou à l'étourderie ou, peut-être, peut-on parler d'erreur dans les écritures strictement phonétiques, s'il y en a, quand on ne lit pas ce qu'on doit entendre) parce qu’il n'y a pas d'erreur en orthographe : l'erreur suppose qu'il y ait du vrai et du faux. Or, à strictement parler, il n'est pas "faux" d'écrire "éléfant" parce qu'écrire "éléphant" n'est pas "vrai" en ce qu'en orthographe le savoir ne relève pas de la vérité mais de la convention. Je ne sais pas ce qui est vrai, mais je sais ce qu'il convient d'écrire. La convention c'est ce qu'on décide en commun comme ce qui doit être et il y a nécessité à décider parce qu'il y a des possibles équivalents et il y a des possibles équivalents parce qu'il n'y a pas de vérité. La convention est nécessitée par le besoin de commun en absence de vérité, pour que du commun puisse exister, et le commun doit exister pour que de la communication soit possible et c'est, entre autre, précisément, l'objet de l'écriture. Une écriture incorrecte est donc objectivement une faute, un refus, peut-être par simple "j'men foutisme", de la convention commune. S'en excepter est une inconvenance.

Religion et superstition. Pour Hobbes, la différence n'est que d'autorité : "la crainte d'une puissance invisible feinte par l'esprit ou imaginée à la suite de récits qui bénéficient d'une permission officielle est appelée religion ; là où cette permission fait défaut, on parle de superstition. Si la puissance imaginée est en vérité telle que nous l'imaginons, c'est la vraie religion." (Léviathan, & 53)







A suivre.