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Manuel de polémique

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Le Manuel de polémique – Cours et exercices de rhétorique[1] a été publié en novembre 2013 aux Editions du Relief à Paris. Son auteur, Stéphane Muras, enseigne la langue et la littérature française au lycée du Collegio Papio (it) en Suisse italienne. Ce manuel présente une progression pédagogique pour l’apprentissage de l’argumentation en tant que pratique de la polémique, ce qui redéfinit la discipline appelée "Rhétorique" au sens strict d'une éristique. Des exercices corrigés accompagnent le cours. L'ouvrage a été tiré à 1000 exemplaires. La maison d'édition a fermé en novembre 2016.

Généralités[modifier]

Le contenu, en particulier la banque d’exercices, est destiné principalement aux professeurs de français de l’enseignement secondaire désireux de faire des activités alternatives avec leurs élèves en ce qui concerne l’argumentation, des plus simples (exercices sur des phénomènes argumentatifs isolés) aux plus articulés (analyse de dialogues). Le cours commence avec le traitement de concepts de base pour progresser dans des secteurs plus pointus de la discipline, d’où, prétend l'auteur, sa possible utilisation par quiconque, sans prérequis particulier, s’intéresse à la rhétorique. Le ton adopté, peu habituel dans les ouvrages de cette discipline, vise à être plaisant, l’auteur veut instaurer une complicité avec son lecteur (« apprenti rhétoricien »). A la fin de l’ouvrage on trouve un « pense-bête » des concepts-clés, une sorte de boîte à outils, ce qui confirme la prétention utilitariste de l’ouvrage.

Au final, l’auteur prétend proposer une grille de lecture pour n’importe quel débat. Pour démontrer l’efficacité de son système, il propose non seulement des illustrations et des dialogues créés ad hoc (les « dialogues policés » des exercices de la partie 5.2), mais aussi des documents authentiques, en particulier la transcription de dix-neuf dialogues polémiques de la Radio Suisse Romande (La Première) remontant à mai 2003-août 2004 et octobre-décembre 2010. Cette mise à l’épreuve de la théorie sur des documents issus de l’activité polémique vivante est un des aspects innovateurs de l’ouvrage.

Régulièrement dans la progression pédagogique sont insérées des parenthèses thématiques où l’auteur exprime ses considérations sur tel ou tel aspect social ou historique de la discipline. L’auteur s’autorise aussi à l’occasion des digressions critiques sur des sujets variés autour de la discipline, que ce soit sur certaines taxinomies et approches traditionnelles (notamment les §29 et §30 sur les « Anciens ») ou sur certaines approches et pratiques actuelles (notamment le §61 sur Carl Rogers, le §82 sur le storytelling, toute la partie 3.5.2 sur les argumentaires médiatiques).

L’approche didactique globale s’éloigne volontairement de celle, traditionnelle, qui privilégie le texte (la tirade, l’édito, la dissertation, le « texte argumentatif » de l’école en général). L’approche du Manuel considère l’échange verbal vivant, le dialogue, comme la manifestation naturelle du fait argumentatif, et de là, la forme à étudier et pratiquer prioritairement, le « texte argumentatif » étant présenté comme une forme dégénérée, sclérosée, d’une activité humaine dynamique et pleine de vie, et de règles aussi. Les prises de position de l’auteur contre la façon traditionnelle d’enseigner l’argumentation, à savoir à partir de monologues, et visant à la rédaction de monologues, affleurent çà et là dans l’ouvrage. Le Manuel se donne le projet d’exposer les règles de l’argumentation vivante, voire un code de conduite du débat vivant, c’est-à-dire dialogal. Seulement à la toute fin du parcours (partie 4.5), après avoir proposé une méthode de compte-rendu de débats (partie 4.4) l’auteur prodigue, à la lumière de tout ce qui a été examiné pendant trois cents pages avec l’approche « dialoguiste », des conseils pour la rédaction de discours. L’originalité du Manuel vis-à-vis des autres ouvrages pédagogiques traitant d’argumentation tient principalement dans l’idée que l’on ne peut penser une polémique, ni a fortiori composer un texte persuasif, deux tâches hautement articulées, complexes, tant qu’on n’a pas appréhendé intellectuellement, puis pratiqué concrètement, le débat verbal dialogué, forme « naturelle » de l’argumentation. Le Manuel se veut une propédeutique aux activités pédagogiques actuelles, une formation initiale qui manquerait aussi bien aux élèves invités à analyser, commenter et à leur tour écrire des « textes argumentatifs » qu’à leurs enseignants mêmes, appelés non seulement à évaluer ces rédactions mais aussi à animer et modérer des « débats en classe ».

Dans le Manuel sont expliqués et intégrés des concepts traditionnels comme notamment le couple thèse-argument, le syllogisme, l’enthymème, le corax, l’antiparastase, la doxa, les couples ad rem/ad hominem, la métaphore, l’opposition pragmatique-éthique, la pétition de principe, justice commutative/distributive. Dans le Manuel sont par ailleurs intégrés des éléments modernes comme notamment l’étude sur le « parce que » (expliquer/argumenter) de Plantin, celle sur l’induction de Perelman, celle sur les techniques de vente de Joule et Beauvois, celle sur les modèles d’interaction pour un contre-interrogatoire au tribunal de Carofiglio, celle sur les minimum logique/optimum pragmatique d’Eemeren & Grotendorst. Cette cohabitation entre des concepts traditionnels, des éléments plus récents et d’autres éléments innovants au sein d’une progression pédagogique unifiée est une autre caractéristique du Manuel.

La thèse et son essaim[modifier]

De l’approche « dialoguiste » et donc d’une certaine manière « martiale » de la discipline découle une conception originale et structuraliste du concept de « thèse ». La thèse est l’assertion mise en doute soit réellement (débat vivant) soit virtuellement (préparation à une « polémique annoncée », rédaction d’un « texte polémique »). Une fois adoubée « thèse », l’assertion ne chemine plus seule, elle est « flanquée », « escortée » par un « essaim » d’autres thèses (les « co-thèses ») qui sont de trois natures : les co-thèses internes (thèses subsidiaires, à extraire de la décomposition en actants de la phrase), les co-thèses externes marginales (thèses issues du contexte, rendant possible la poursuite de la discussion), et les co-thèses externes auxiliaires (les « arguments » de la tradition). Dès le début de la progression pédagogique, l’auteur fait de la thèse un objet collectif, articulé, hétérogène, bien plus complexe qu’une assertion unique et prise seulement en tant que telle. Cette complexité de l’objet « thèse » organise l’étude des possibles polémiques, cartographie le champ de bataille des rhéteurs, parce que toutes les thèses de l’essaim sont susceptibles légitimement de susciter un débat propre. D’où la possibilité pour des rhéteurs de « changer de sujet » sans paraître « hors sujet », d’où la possibilité pour des rhéteurs d’allumer des « contre-feux » quand ils ont du mal à défendre la thèse inaugurale du débat.

Cette conception de la thèse (exposée dans la première partie intitulée « Autour de la thèse ») est le premier risque épistémologique majeur pris par l’auteur. En effet, elle est en porte-à-faux avec la conception traditionnelle et coercitive (thèse-argument-exemple, TAE) faisant de la thèse un objet d’un seul tenant, « soutenu » par des arguments, eux-mêmes soutenus par des exemples, le tout formant une argumentation close sur elle-même. L’approche de la thèse du Manuel ouvre les horizons argumentatifs, et aide à comprendre ce qui se passe quand il y a un débat vivant, hors de la coercition scolaire simplificatrice (et donc erronée, incommode, pour animer des activités avec des élèves) du TAE. La question reste entière, de savoir si les enseignants appelés à former les élèves à la compréhension et à la pratique de l’argumentation, sont prêts à remettre en cause l’approche traditionnelle qu’ils ont subie eux-mêmes en tant qu’élèves puis étudiée à l’université ou à l’institut de formation professionnelle. Le cours de Muras est une invitation à voir la discipline sous un autre angle, et l’offre d’exercices se présente à la fois comme une aide pour l’activité professionnelle et une invitation à réfléchir sur la nature fondamentale de la discipline appelée « rhétorique ».

Doxa et familles d’arguments[modifier]

Avec la question « pourquoi » l’enfant demande légitimement l’argument, et avec « et alors ? », il demande légitimement que soit explicitée la co-thèse auxiliaire complémentaire. En poursuivant ce jeu, on arrive à l’expression d’une doxa, c’est-à-dire une assertion qu’il semblerait insensé, provocateur de remettre en cause. Une doxa est donc une thèse particulièrement précieuse, c’est elle qui donne, au fond, à l’argument son poids. Ainsi chaque thèse accompagnée d’un argument forme un couple avec lui qui, interrogé, questionné avec entêtement, révèle la ou les doxas de laquelle ou desquelles il prétend tirer sa force de conviction. L’auteur distingue les « doxas particulières », en vigueur dans des groupes restreints, donc en nombre virtuellement infini, et les « doxas universelles », en nombre fini, qui ont chacune leur puissance propre et leurs faiblesses propres, et qui par ailleurs se définissent les unes par rapport aux autres. Les doxas universelles chapeautent des familles d’arguments, au nombre de quatre : hédonique/esthétique, authentique, pragmatique, éthique. L’auteur présente ces familles et les sous-catégories d’arguments, ainsi que les ripostes spécifiques à ces arguments.

Ripostes plus ou moins légitimes, diversions[modifier]

Après avoir fait un distinguo entre rhétorique descriptive (observation de la pratique polémique) et rhétorique normative (régulation de la pratique polémique), l’auteur propose une classification des ripostes aux couples thèse-argument, non spécifiques aux arguments cette fois. La question de la « légitimité » ou non de ces ripostes est le fil rouge de cette partie du cours.

L’auteur propose une séparation entre trois types de ripostes. Le premier type est celui comparable à une fuite et regroupe les procédés visant à éteindre le débat. Le troisième type, lui aussi peu glorieux, consiste en agresser l’interlocuteur. Le deuxième groupe est celui qui regroupe les raisonnements, les procédés visant à identifier des failles logiques ou provoquer des contradictions, comparés à des coups « nobles ». S’ensuit une liste de « procédés de diversion » regroupés en deux familles, selon qu’ils sont « légitimes » ou « condamnables ».

Applications pratiques[modifier]

Au terme du parcours, d’après l’auteur, le lecteur (« apprenti rhétoricien ») a assez d’éléments théoriques, une vision d’ensemble de la discipline assez complète et articulée pour pouvoir faire trois exercices. D’abord, il devrait pouvoir se préparer plus efficacement à un débat annoncé, en sachant « cartographier » une polémique, c’est-à-dire représenter sur papier, avec des schémas, les essaims de thèses en présence, ainsi que les ripostes auxquelles s’attendre. Ensuite, il devrait, grâce aux « tableaux télescopiques » (§140) pouvoir élaborer un compte-rendu exhaustif d’un débat auquel il assiste. Enfin, il aurait assez d’éléments pour pouvoir composer lui-même un discours (§143 et suivants).

Les exercices[modifier]

Les exercices se divisent en trois parties. Les premiers exercices sont des exercices « ciblés », c’est-à-dire qu’ils exercent le lecteur sur des points précis du cours. A l’intérieur du cours en effet se trouvent régulièrement des renvois à ces exercices, au nombre de quatorze. L’écrasante majorité de ces premiers exercices se base sur des textes dialogués. La deuxième partie est composée uniquement de dialogues « policés », c’est-à-dire composés ad hoc par l’auteur pour illustrer un certain nombre de phénomènes que le lecteur est invité à identifier. Ces dialogues sont au nombre de quatre. La troisième partie est composée de dialogues « véritables » (dix transcriptions de dialogues polémiques à l’antenne de la Radio Suisse Romande – La Première), exploités de la même manière que les dialogues policés.

Les dialogues « policés » et « véritables » traitent de sujets variés, aussi bien prosaïques que politiques. Les questions sur ces dialogues sont marquées par un nombre variable d’astérisques, selon l’avancement du lecteur dans le cours.

Annexes[modifier]

Les annexes présentent neuf autres dialogues véritables, qui ont eux aussi, comme les dix premiers des exercices, fourni au cours des illustrations des phénomènes présentés. Par ailleurs, on trouve une courte bibliographie rapidement commentée, et des « pense-bêtes » qui isolent et résument des points retenus par l’auteur particulièrement utiles pour la pratique de la polémique.

Notes et références[modifier]

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