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Foudre (groupe d'action)

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Foudre est un groupe d'action maoïste lancé au printemps 1974 par le groupuscule d'extrême gauche l'Union des communistes de France marxiste-léniniste (UCFml) et animé dans un premier temps par les philosophes et écrivains Bernard Sichère et Natacha Michel et patronné par le philosophe Alain Badiou.

Histoire[modifier]

Intervenant par distributions de tracts et prises de parole intempestives lors de séminaires, spectacles et autres réunions intellectuelles et artistiques, le groupe visait, selon ses propos, à « déstabiliser le nouvel usage de l'histoire du fascisme » qui, selon lui, marquait la lutte idéologique des années 1970[1]. Le discours de l'UCFml et, partant, de Foudre, était, selon Bernard Sichère faisant son mea culpa 40 ans plus tard dans la revue La Règle du Jeu, « bel et bien violent, tempétueux et constamment guerrier, rhétorique implacable qui s’adressait plutôt à nous-mêmes qu’à un public absent »[2].

Foudre a ainsi mené une campagne acharnée contre l'enseignement de Maria-Antonietta Macciocchi à l'Université de Vincennes[3] et s'est illustré en perturbant les cours dont il désapprouvait le contenu. Devenue leur cible d'élection parce qu'elle avait décidé de programmer quelques films mussoliniens dans son séminaire[4] et accusée d'être elle-même fasciste, l'enseignante, qui doit parfois être protégée par les étudiantes féministes, dont Claudine Monteil, bénéficie du soutien de Simone de Beauvoir[5],[6].

Le groupe réussit à faire interdire la projection du film de Liliana Cavani Portier de nuit sur le campus de Vincennes[7].

Les autres ennemis désignés du groupe Foudre sont Gérard Miller ou encore Ariane Mnouchkine[2]. Intervenant à la Cartoucherie, les membres du groupe viennent expliquer à la fondatrice du Théâtre du Soleil que son travail sur les ouvriers immigrés n'est pas sur une ligne juste et que de ce fait son spectacle est mauvais... Cela leur vaudra une réputation « de petits terroristes qui cassaient les représentations et empêchaient les acteurs de faire leur travail »[8].

Foudre s'en prend également au film satirique de Jean Yanne Les Chinois à Paris en distribuant un tract intitulé « Les Chinois à Paris : un film comique ? Non ! Un film anticommuniste ! ». Jean Yanne y est dénoncé comme un « gros requin du cinéma, milliardaire, copropriétaire de Gaumont ». Le groupe passe ensuite aux jets de peinture sur les écrans[9].

Le , le groupe interrompt la projection du film américain Les Bérets verts de John Wayne, au Cinéac-Italiens (Paris 1er), sous prétexte qu'il défend l'intervention américaine au Vietnam[9].

Sous la tutelle d'Alain Badiou, affecté comme professeur à l'université de Vincennes (« foyer de l'élite du gauchisme révolutionnaire » selon François Hourmant), le groupuscule prône la grève des examens. Et Badiou de proposer d'accorder leurs examens « à tous ceux qui ne sont jamais venus en cours et qui ont ainsi montré par leur absence leur détachement louable des choses de ce monde »[7].

Rétrospection[modifier]

Un ancien meneur du groupe, l'universitaire Bernard Sichère, effrayé par le souvenir de la violence de ses propres interventions, est devenu un détracteur acerbe des visées politiques du maoïsme français, ne sauvant des expériences libertaires de l'époque que les vertus cathartiques de son élitisme romantique, ce qu'il appelle « une insurrection spirituelle[10] ». Ainsi qu'il le rapporte dans ses mémoires, il eut l'occasion, quelques années plus tard, de s'excuser auprès de son ancienne victime, Maria-Antonietta Macciocchi, rencontrée par hasard chez l'éditeur Grasset, du traitement que le groupe lui avait infligé. Celle-ci lui répondit « avec un joli sourire », que tout cela était bien loin et qu'il n'avait pas à se faire du souci[11].

D'autres membres de Foudre, qui ont joué un rôle actif dans les activités du groupe, à l'instar d'Alain Badiou ou de Denis Lévy (fondateurs de la revue L'art du cinéma)[12], n'ont rien renié de leur engagement d'alors.

Organe[modifier]

Le groupe publiait la Feuille Foudre. Journal pour l'intervention marxiste-léniniste dans l'art et la culture.

Notes et références[modifier]

  1. Cf. le bilan de l'UCFml dans sa revue Le Marxiste-Léniniste, no 50-51, printemps 1981, p. 2-13 et 20-21.
  2. 2,0 et 2,1 Bernard Sichère, Mai 68, Mao, Badiou et moi, La Règle du jeu, 11 avril 2010.
  3. Cf. L'Université ouverte, Les dossiers de Vincennes, Presses universitaires de Grenoble, 1976.
  4. Bernard Sichère, Ce grand soleil qui ne meurt pas, Grasset, 2011, 224 p., chap. 6. « Rupture » : « La faculté de Vincennes en particulier avait constitué un de nos terrains d'intervention privilégiés : l'ennemi de classe, un temps, s'appela Maria Antonietta Macciocchi, Gérard Miller, Deleuze et les deleuziens. [...] Fallait-il vraiment cibler la pauvre Macciocchi, sous le prétexte qu'elle avait pris l'initiative de programmer dans son séminaire quelques films mussoliniens ? Les étudiants de Vincennes étaient-ils à ce point débiles qu'ils risquaient d'être contaminés par le virus du fascisme à l'issue de ces projections ? ».
  5. (en) Claudine Monteil, Simone de Beauvoir and fascism: Her support of the Italian writer and activist Maria-Antonietta Macciocchi, sur le site personnel de Claudine Monteil, 16 septembre 2009 : « For young feminists, this seminar was extremely important because fascism is linked to the worst form of patriarchy in society. Macciocchi’s seminar provoked outrage and protests among the most prejudiced leftist male students. They insulted Maccicochi with both political and sexual slurs, and threatened her physically. This protest was so violent that I and several other feminist students sometimes had to protect her. Beauvoir supported Macciocchi’s seminar and let her know how important she thought her teaching was. »
  6. (en) Françoise Dosse, History of structuralism : The Sign Sets 1967-Present, Minneapolis, University of Minnesota Press, (ISBN 9780816623709), chap. 14 (« Vincennes: The Structuralist University »), p. 152 : « in the seventies, the group Foudre, sponsored by Alain Badiou and led by Bernard Sichère, [...] wanted to be a kernel of cultural criticism and did not hesitate to employ terrorist tactics. [...] its favored target was Maria-Antonietta Macciocchi, a teacher who was, curiously enough, a great admirer of China. Macciocchi was working in a collective on fascism at the time. She was accused of being a fascist for having wanted to transform her teaching group into a propaganda office, and for having shown the film The Jew Suss. »
  7. 7,0 et 7,1 François Hourmant, Les Années Mao en France: avant, pendant et après Mai 68, Odile Jacob, 2018, 288 p., section « Vincennes, laboratoire du maoïsme universitaire », livre numérique Google, n. p.
  8. Bernard Sichère, Ce grand soleil qui ne meurt pas, Grasset, 2011, 224 p., chap. 6. « Rupture ».
  9. 9,0 et 9,1 Christophe Bourseiller, Les Maoïstes, la folle histoire des gardes rouges français, Paris, Plon, , 346 p. (ISBN 2-259-18090-6), p. 274-275.
  10. Cf. en particulier le livre qu'il a publié en 1983 dans la collection « Figures » de Bernard-Henri Lévy chez Grasset : Le moment lacanien. Au début des années 1990, lors d'un entretien avec François Dosse, Bernard Sichère s'interrogeait encore : « Comment a-t-on pu être fou de cette façon-là ? » (cf. Histoire du structuralisme II : Le chant du cygne, 1992, p. 152). Il revient encore sur ses activités de militant dans « Les années Tel Quel », L'infini 49/50 (1995), repris en postface à la réédition du Moment lacanien (Le livre de poche, 2004 ; l'expression citée se trouve p. 284).
  11. Bernard Sichère, Ce grand soleil qui ne meurt pas, op. cit..
  12. Denis Levy, « Séminaire « La pensée du cinéma à Paris-8 » du jeudi 7 avril 2016. », L'art du cinéma,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier]

Bibliographie[modifier]

  • « L'Art et la culture : un groupe maoïste, le groupe FOUDRE », Le Marxiste-Léniniste, nos 50-51,‎ , p. 20.
  • (en) Bruno Bosteels, Badiou and Politics, Duke University Press, 2011, 236 p., pp. 386-387

Articles connexes[modifier]

Liens externes[modifier]



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