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Edouard Prudhomme de La Boussinière

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Edouard Prudhomme de La Boussinière
Statue d'Edouard.png
Buste d'Édouard de La Boussinière, au Mans.

Nom Édouard Prudhomme de La Boussinière
Date de naissance
Lieu de naissance Le Mans
Fonction1 Présidence d'honneur de l'Université populaire.
À Partir Du Fonction1 1900
Jusqu'Au Fonction1 1902
Père René-Jean-François Prudhomme de La Boussinière
Mère Élisabeth Burrows


Édouard Prudhomme de La Boussinière, né le au Mans où il est mort le , est l'une des principales figures républicaines du Mans au XIXe siècle. En 1941, le journal républicain L'Ouest-Éclair, le présente comme « doyen de la démocratie sarthoise ». Il est aussi connu comme le protagoniste dupé d'une affaire d'escroquerie au testament de son frère, dite « l'affaire de La Boussinière ».

Biographie[modifier]

Origine[modifier]

Il est le fils de René-Jean-François Prudhomme de la Boussinière, émigré royaliste, maire de Saint-Pierre-du-Lorouër, né le et mort le , marié le à Élisabeth Burrows[1].

Il passe par le Prytanée national militaire de la Flèche et entre à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr.

Promu lieutenant en 1830, il démissionne de l'armée pour se consacrer à la politique.

Il ne se marie pas mais laisse un fils naturel reconnu[2], Georges de La Boussinière, sergent, qui, après s'être conduit avec bravoure à la bataille de Borny-Colombey où il « ramena au feu sa compagnie », reçut la médaille militaire à la suite d'une longue captivité dans la Prusse orientale[3].

Il est le cousin germain du lieutenant-colonel Louis-Ferdinand Prudhomme de La Boussinière et le petit-neveu de Jacques-Guillaume-René-François Prudhomme de La Boussinière.

Un républicain proscrit de l'Empire[modifier]

En 1832, officier d'un régiment de Ligne, il réprime le mouvement royaliste en Maine-et-Loire.

Pendant deux ans, il se consacre à lire à haute voix, tous les soirs, dans la salle de lecture du Bonhomme manceau, les journaux, à en commenter les articles, à en discuter avec les ouvriers, gagnant ainsi leur confiance et organisant une transmission rapide et orale des consignes. Fermé, le cabinet de lecture se transporte rue Bourgeoise[4].

En 1848, il est du côté de ceux qui acclament la République. Bourgeois voltairien, attaché aux valeurs de liberté et de progrès, il souhaite que les ouvriers et paysans prennent conscience de leurs droits politiques dans la République, le régime idéal à ses yeux. Ami de Ledru Rollin fondateur de l'association « la Solidarité républicaine » pour le développement des droits et des intérêts de la démocratie. Il est le trésorier du comité sarthois, directeur du « cercle de lecture des ouvriers ». Il cofonde le Bonhomme manceau, journal à prix modique accessible aux travailleurs peu fortunés, dont le titre rappelle l'idéal utilitarisme révolutionnaire du Bonhomme Richard de Benjamin Franklin.

En 1851, après le coup d'état du prince Louis Napoléon Bonaparte, la répression s'abat en Sarthe : 256 personnes sont arrêtées, 25 parviennent à s'enfuir, dont Édouard de la Boussinière qui gagne Genève à pied ; la Commission mixte du Mans le condamne au bannissement[5],[6].

Il reste quarante ans à Genève où il joue un grand rôle au sein de la colonie française dont il est l'un des organisateurs et le président [7].

Une icône de la politique Mancelle[modifier]

En 1890, il est de retour au Mans où arrive l'affaire du testament de La Boussinière (voir plus bas), puis il se consacre au service des idées démocratiques. C'est ainsi qu'il participe aux réunions de quartier organisées par le club La Libre Pensée du Mans (crée le ) aux côtés de Louis Crétois et d'Anselme Rubillard.

Le , lors de la campagne des législatives une réunion publique se tient dans la halle aux toiles (place d'Alger aujourd'hui) ; Rubillard se présente contre Vilfeu, député sortant, destitué de son poste de substitut de l'empire par le régime républicain. C'est un jeune avocat de talent, talentueux orateur. La salle comble est composée de monarchistes nostalgiques, de radicaux et de républicains. Ces derniers ont amené Édouard de la Boussinière, doyen de la Libre Pensée (il a 82 ans). Il prend alors la parole : « Citoyens, par ma naissance, j'appartiens à la noblesse, mais je ne fais plus partie que d'une grande famille, la famille républicaine. Je ne suis pas connu de beaucoup d'entre vous car j'ai longtemps été en exil. Vous permettrez de prendre la parole à un ancien proscrit qui a sacrifié à la République sa fortune et sa liberté. Citoyen Vilfeu, vous avez dit aux républicains : il n'y a rien qui nous sépare. Si, il y a un abîme entre nous, cet abîme, c'est votre cléricalisme. Citoyen Vilfeu, je vais vous poser trois questions, répondez-y franchement : Voulez-vous l'instruction laïque par l'état ? Voulez-vous la suppression des congrégations ? Si un coup d'état était tenté, jurez-vous à la face des électeurs de descendre dans la rue, ceint de votre écharpe, un fusil à la main, pour défendre la République ? »

Désarçonné, empêtré par ses réponses approximatives, Vilfeu perd ce jour les élections au profit de Rubillard.

En septembre de l'année 1900, à 89 ans, il accepte la présidence d'honneur de l'Université populaire. Il meurt le . Ses obsèques civiles sont célébrées en présence d'une foule nombreuse et de personnalités : Paul Henri Balluet d'Estournelles de Constant, député, futur sénateur et prix Nobel de la paix prononce l'éloge funèbre, entouré du maire Paul Ligneul, des conseillers généraux Bouttié, Rubillard, Tironneau, du sénateur Cordelet, du receveur municipal Louis Crétois.

Édouard Prudhomme de La Boussinière meurt le au Mans où il est enterré au cimetière de l'Ouest.

Affaire de la Boussinière[modifier]

Objet[modifier]

L'affaire de la Boussinière, jugée en 1891 « complexe et charpentée comme un roman de Balzac » par un chroniqueur juridique de Gil Blas[8], concerne un faux testament olographe d'Adolphe Prudhomme de la Boussinière (mort en 1885) en faveur de son frère Édouard alors que les deux frères se détestaient et qu'Adophe de La Boussinière avait par ailleurs légué par testament sa fortune au comte de Bréon, parent de sa femme[9].

Le but de ce faux orchestré par Maître Guyard, notaire d'Édouard de la Boussinière, était purement crapuleux. Son client Édouard lui avait promis une part de l'héritage si un jour son frère venait à changer d'avis, en le choisissant comme héritier. La chose étant impossible compte tenu des relations tendues entre les deux frères, le notaire était allé consulter le sieur Charpentier, maître parisien dans l'art de la falsification de documents, afin qu'il forge un faux testament lui permettant de prendre sa commission sur l'héritage dont le montant était très élevé (600 000 francs sur un total de 6 millions). Le tribunal a admis que le bénéficiaire principal de l'escroquerie n'aurait été au courant de rien[10].

Ce faux testament a d'abord été reconnu comme authentique par des experts, jusqu'à ce que le faussaire ne dénonce Maître Guyard à Édouard de La Boussinière, comme étant à l'origine du faux document et comme ayant abusé de lui. Après qu'Édouard se fut informé sur le faussaire, il décida de porter plainte. Le notaire fut condamné à dix ans de réclusion et Édouard de la Boussinière dut rendre l'héritage au comte de Bréon (qui ironie de l'Histoire, sera le juge de l'affaire Dreyfus), véritable héritier testamentaire d'Adolphe de la Boussinière[11],[12].

En 1898, Alphonse Bertillon écrira « Le faux testament "de La Boussinière" est resté et restera longtemps encore, le cheval de bataille, l'argument suprême, que tout défenseur dans une affaire d'écriture garde en réserve pour sa péroraison »[13]

Portée[modifier]

En droit, l’arrêt De la Boussinière (Cass. civ. ) fait partie des grands arrêts en matière d’apparence [14]. En effet, le recours à « error communis facit jus » triomphe dans cet arrêt : « Des que l'erreur commune et invincible ainsi que la bonne foi du tiers sont établies, les aliénations consenties par l'héritier apparent échappent à toute action en résolution dirigée par l'hériter véritable »[15].

Cette affaire a fait évoluer l'analyse comparative d'écriture et de signature tout comme comme celle du lieutenant Émile de La Roncière condamné puis réhabilité par Napoléon III, l'affaire Dreyfus et les faux Carnets d'Adolf Hitler ou le « testament mormon » d'Howard Hughes [16], elle eu d'autre part un écho dans l'affaire Dreyfus [17] dans la mesure où le sujet du faux en écriture publique sera aussi le centre de l’affaire, et où certains des experts en écritures de l'affaire Dreyfus sont les mêmes qui ont certifiés que le testament olographe d'Adolphe Prudhomme de La Boussinière était authentique[18].

On dira lors de l'affaire Dreyfus qu'Alphonse Bertillon, ramenant tout à des questions de mensuration, a été certainement hypnotisé, possédé en quelque sorte par un souvenir, celui de l'affaire de la Boussinière [19]. On le dira aussi « obsédé par le souvenir du testament de la Boussinière »[20]. Ce dernier était créateur de l'anthropométrie judiciaire, appelée « système Bertillon » et sera invité à intervenir dans l'affaire Dreyfus, sous la pression de l'armée, ce dernier affirmera que Dreyfus est bien l'auteur du fameux "bordereau". En outre, deux des experts, dont Bertillon, si malheureux dans l'affaire de la Boussinière, déclarent que le document est bien de la main de Dreyfus [21],[18].

À la suite de cette affaire les juristes parleront souvent d'un « La Boussinière » pour parler d'un faux en écriture. Lorsqu'il s'agit de faux testaments, c'est le testament de la Boussinière qui sert de référence historique exemplaire [22]. Judiciairement validé, au début, sur un rapport de M. Gobert, expert en écriture de la Banque de France, le faux testament de la Boussinière a occupé toute la hiérarchie des tribunaux pendant plus de cinq ans[23].

Hommages[modifier]

En 1902, la municipalité décide de donner le nom d'Édouard de la Boussinière à la place et à la rue Saint-Germain.

Une souscription publique est lancée en 1909 pour ériger un monument à sa mémoire avec son buste. La statue en bronze à son effigie est réalisée par Alphonse Le Feuvre, mais elle est fondue par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale[24],[25]. La stèle comportait l'inscription suivante, devise d'Édouard de la Boussinière : « Nous devons tout sacrifier à la République, la République ne nous doit rien »[26].

La ville du Mans le qualifie d'« Officier militaire, bourgeois voltairien, libre penseur, attaché aux valeurs de liberté et de progrès, Édouard de la Boussinière fut un ardent républicain. Il souhaitait que les ouvriers et paysans prennent conscience de leurs droits politiques dans la République, le régime idéal à ses yeux. Ami de Ledru Rollin, il fut l'une des principales figures républicaines du Mans au XIXe siècle »[27].

Un quartier [28], une place[29], une école et une rue[30] sont nommées en hommage à Édouard de La Boussinière au Mans.

En 1941, le journal républicain L'Ouest-Éclair, le présente comme « doyen de la démocratie sarthoise »[31].

Pour approfondir[modifier]

Bibliographie[modifier]

  • Paul Blin, rédacteur en chef de la Revue littéraire et artistique du Maine, "Un proscrit de l'Empire, Édouard Prudhomme de la Boussinière", Le Mans, 1909 (16 pages dédiées au personnage)
  • Causes criminelles et mondaines de 1892 / Albert Bataille - 12 pages sur "L'affaire de La Boussinière" p187 et suivantes [1]
  • Revue internationale de criminalistique, Volumes 9 à 10 - 1937 - chapitre dédié à "L'affaire de La Boussinière".

Articles connexes[modifier]

  • Histoire de la presse mancelle
  • Faux en droit pénal français
  • Secteurs et quartiers du Mans

Notes et références[modifier]

  1. Albert Révérend, « Annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines de l'Europe », sur Gallica, (consulté le 14 avril 2020).
  2. Dioudonnat, Le simili-nobiliaire, 2002.
  3. « L'Intransigeant du 23 mai 1892 »
  4. La Province du Maine, (lire en ligne)
  5. « À nos Grands Hommes - La monumentalité en cartes postales: Personnage représenté: La Boussinière, Edouard de [p1065] », sur anosgrandshommes.musee-orsay.fr (consulté le 16 avril 2020)
  6. Albin Mazon, La vérité sur les commissions mixtes, Le Mans, imprimerie de E. Champion, 1877, 35p.
  7. « L'Intransigeant du 23 mai 1892 »
  8. « [[Gil Blas]] du 25 mai 1892 »
  9. Entre autres : André Münch, L'expertise en écritures et en signatures, Les éditions du Septentrion, (ISBN 978-2-89448-145-5, lire en ligne).
  10. Ariette Dugas, Alain Buquet et Gaston Haustrate, Le Guide des faux et des faussaires, FeniXX réédition numérique, (ISBN 978-2-402-05320-4, lire en ligne).
  11. André Münch, L'expertise en écritures et en signatures, Les éditions du Septentrion, 2000, 233 pages, (ISBN 9782894481455), pp. 17-18 (présentation en ligne).
  12. https://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?idTexte=JURITEXT000006952537
  13. « La comparaison des écritures et l'identification graphique / Alphonse Bertillon, 1898 - P39 »
  14. https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01127147/document
  15. « Persee - Sur quelques adages : notes d’histoire et de jurisprudence - Laurent Boyer - Bibliothèque de l'École des chartes Année 1998 - p54 »
  16. « L'expertise en écritures et en signatures De André Münch - Les éditions du Septentrion, 2000 - Writing - 233 pages -P 10 puis P 17 et 18 sur l'affaire »
  17. « Histoire politique de l'affaire Dreyfus De Bertrand Joly - Fayard - 2014 »
  18. 18,0 et 18,1 Revue des grands débats parlementaires et des grands procès contemporains, Librairie générale de droit et de jurisprudence, (lire en ligne)
  19. « La revision du procès Dreyfus ; Débats de la Cour de cassation: rapport de m. Ballot-Beaupré, conclusions de m. le procureur général Manau, mémoire et plaidoirie de me Mornard, arrêt de la cour p 649 »
  20. « Histoire de l'affaire Dreyfus: Le procès de 1894 Joseph Reinach Editions de la Revue Blanche, 1901 p172 »
  21. « Le procès Zola devant la cour d'assises de la Seine et la cour de cassation: 7 - 23 février-31 mars - 2 avril 1898 »
  22. « Le Guide des faux et des faussaires De Ariette Dugas, Alain Buquet, Gaston Haustrate »
  23. « Physiologie de la lecture et de l'écriture: suivie de déductions pratiques relatives à l'hygiène aux expertises en écriture et aux progrès de la typographie, de la cartographie, de l'écriture en relief pour les aveugles, etc Émile Javal F. Alcan, 1906 - 296 pages - p 269 »
  24. « à nos grands hommes musee d'orsay »
  25. « Monument à Edouard de La Boussinière (fondu) – Le Mans », sur e-monumen.net (consulté le 16 avril 2020)
  26. Libre Pensée de la Sarthe - "Républicain, Libre Penseur et proscrit de l'empire : Edouard de la Boussinière" par Gérard Désiles
  27. « Site de la ville du Mans »
  28. « ORPI quartier La Boussinière au Mans »
  29. « ouest-france Publié le 30/12/2013 »
  30. « Site meilleursagents »
  31. Ouest-Éclair : journal quotidien d'informations, politique, littéraire, commercial 1941/04/05 edition Orne

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