Bavardage

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Blanchot (à Kozovoï) : "Rappelez-vous ce que disait Kafka : " Ah! Comme je voudrais pouvoir bavarder !" Mais il ne le pouvait pas, et je ne le peux pas. Cela ressenti comme une défaillance essentielle qui nous prive de la quotidienneté des rapports humains."

"En aucun temps, il ne m'a été possible de surmonter cet esprit de retenue et de solitude qui m'empêche de causer de ce qui me touche." (Chateaubriand)


"Jamais l'intelligence n'est muette" dit Suarès. Alors pourquoi la bêtise est-elle si bavarde ?


Beaucoup trop bavard. Il doit avoir peur du vide.

Quand Spinoza veut montrer que le libre-arbitre est une illusion, il prend comme exemple la parole : peut-on, comme on le croit, par un libre décret, décider de parler ou de nous taire ? "Les affaires humaines iraient beaucoup mieux s'il était également au pouvoir de l'homme de se taire ou de parler. Mais l'expérience montre assez -et au delà- que les hommes n'ont rien moins en leur pouvoir que leur langue (...)" (Éthique, III, Prop. II, scolie). C'est dire que si le bavard ne maîtrise pas sa parole, si le bavardage est une incontinence verbale, le taciturne, lui, ne maîtrise pas son silence. Diarrhée et constipation, on ne décrète ni l'une ni l'autre.


S'il y a d'insupportables bavards (chacun a fait l'expérience d'être accaparé par un bavard incontinent), "les bavards sont des assassins" dit Céline, il y a, à l'autre bout, d'insupportables silences dans les relations avec autrui.

Ça vient de ce que devant l'autre je ne peux pas me contenter de le contempler ou de l'ignorer car il se donne comme absolument autre qu'une chose, comme un être à quoi (donc à qui) je dois répondre, devant qui, moi aussi, je dois être autre chose qu'une chose. Devant autrui, je suis donc engagé dans une relation horizontale de réciprocité, de responsabilité à laquelle je ne peux ni échapper ni me soustraire.

Exigence éthique de ne pas réifier l'autre, de répondre, de lui être présent.

Il faut donc reconnaître une importance éthique fondamentale à la fonction "phatique" du langage (qui sert à établir ou prolonger la communication sans souci de communiquer un message, c'est le "parler pour ne rien dire" dont le sujet principal est la météo qui a cet avantage, puisque chacun voit bien le temps qu'il fait, d'inaugurer la communication sur un accord [remarquer que nombre de romans commencent aussi par les données météo... à interroger]). Fonction phatique qui ne servirait donc pas qu'à meubler l'ennui et ses insupportables vides. C'est une manifestation éthique, au sens de Lévinas, c'est-à-dire de reconnaissance d'autrui.

C'est le "dire" de Lévinas : "il est difficile de se taire en présence de quelqu'un ; cette difficulté a son fondement ultime dans cette signification propre du dire" (Éthique et infini, p.82). Lévinas distingue le "dit" et le "dire", le contenu de la parole de la relation qui s'établit du fait du dialogue : "quel que soit le dit, il faut parler de quelque chose, de la pluie et du beau temps, peu importe, mais parler, répondre à lui et déjà répondre de lui" (idem). Obligation éthique.

Bavarder, ce n'est donc pas, comme on le dit, parler pour ne rien dire mais c'est parler pour seulement dire, c'est un dire qui n'est qu'un dire. Parler pour dire sans souci de dit.

L'essence d'autrui se donne là : l'être devant lequel, je ne peux me taire, devant lequel il faut "dire".

Pathologie, alors de la taciturnité ? Si la relation à autrui est la relation éthique, alors le silence devant autrui est un remords en acte, une mauvaise conscience vécue, le malaise est moral, éthique selon Lévinas, pas seulement un malaise de socialité comme le pense Blanchot. Je sais, dans le temps où je suis silencieux devant autrui, que je ne remplis pas ma relation éthique, (que je suis en "faute" ?).

Si le bavard use du langage à mauvais escient, le taciturne , lui, use du silence à mauvais escient.

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